Rafle du Vél d’Hiv : Témoigner pour ne jamais oublier

La France a commémoré, le week-end du 16-17 juillet 2022, le 80e anniversaire de la Rafle du Vélodrome d’Hiver. À cette date en 1942, à la demande des forces allemandes, 13 152 Juifs, dont 4 115 enfants, sont arrêtés à leur domicile parisien et en banlieue. Conduits au Vélodrome d’Hiver, ils sont ensuite internés puis déportés vers des camps de concentration. Il faudra attendre 1995 et l’élection du Président Chirac pour que les rôles de la France et de ses 9 000 fonctionnaires français soient enfin reconnus.

Le 16 juillet 1942, il est 4 heures du matin, lorsqu’une opération de grande ampleur est lancée à Paris et dans sa proche banlieue. Alice Mendelson s’en souvient comme si c’était hier. Malgré ses 96 ans, la survivante de la Rafle se rappelle chaque moment tragique de cette journée. Elle résidait alors près de la porte de Montmartre, à côté du salon de coiffure de ses parents. Un an plus tôt, son père a été arrêté et emmené au commissariat et depuis il n’a plus donné signe de vie. La veille de la rafle, le 15 juillet 1942, une amie passe au salon de coiffure pour avertir les Mendelson d’une opération en cours. Alice est envoyée à Belleville pour passer la nuit chez une connaissance de la famille. Quelques jours plus tard, le 21 juillet, elle parvient, avec sa mère, à fuir en zone libre et à s’installer à côté de Limoges. Alice n’a que 17 ans. Elle, qui rêve de devenir institutrice va tout d’abord s’engager comme aide monitrice avant de rejoindre la résistance. Devenue l’agent de liaison Gabrielle Brax, elle est chargée de faire passer des petites valises en carton. Après trois ans de clandestinité, la fin de la guerre marque l’espoir de rentrer et de retrouver son père. Pourtant, la libération va également marquer un moment douloureux pour la jeune femme. Pendant des années, elle attend en vain le retour de son père. « Je me rendais d’abord à la Gare Montparnasse, puis près de la porte de Clichy où les trains en provenance d’Allemagne arrivaient », se souvient-elle des sanglots dans la voix. Pendant des années, la jeune femme va patiemment guetter la silhouette de celui qu’elle aime tant. Ce n’est que des années plus tard qu’Alice découvre que son père – arrêté à la suite d’une dénonciation en 1941 – a tout d’abord été déporté à Drancy puis Compiègne, puis finalement envoyé à Auschwitz. Comme lui, peu de Juifs sont revenus de ce camp de la mort.

Rester vigilant face aux extrême

Rachel Jaeglé a rencontré Alice Menselson, il y a un peu plus d’un mois, lors d’un événement organisé par le musée de la Shoah à Paris, à l’occasion de la commémoration de la Rafle du Vél d’Hiv. Les deux femmes ne se connaissent pas mais partagent une histoire assez similaire. La famille Jaeglé a fui les Pogroms polonais pour se réfugier à Paris, où Rachel est née en 1933. En 1941, Monsieur Jaeglé est convoqué au commissariat de police du 20e arrondissement, à Belleville, pour un examen de sa situation. Il n’en est jamais revenu. « La veille du 16 juillet 1944, alors que mon père avait disparu depuis un an, la rumeur courait qu’une rafle de grande envergure allait se produire. Les femmes et les enfants n’y croyaient pas vraiment. Et puis se cacher pour aller où ? », se remémore Rachel. Avec sa mère et sa sœur Francine, elles parviennent à quitter Paris et à se réfugier dans plusieurs familles en région parisienne, puis à Lussant (Charente-Maritime), et ce, grâce à la complicité du Directeur de l’école, du maire et de l’ensemble du village. Pour Rachel, le retour à Paris, à la fin de la guerre, a également été très difficile. « Il fallait presque s’excuser d’être encore vivante. Et puis, à la maison, il ne fallait pas parler des absents, ni de la guerre », ajoute-t-elle.

Quelques années plus tard, Rachel décide de devenir professeur d’histoire pour témoigner de ce passé et pour que les victimes ne tombent jamais dans l’oubli. Âgée de 88 ans, la vieille dame raconte inlassablement son histoire et celle de la guerre. Elle veut surtout rappeler aux jeunes générations que face aux fascismes et aux extrêmes, il faut toujours rester extrêmement vigilant !

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »
La Résistible Ascension d’Arturo Ui, Bertold Brecht

Vanessa Gondouin-Haustein,
membre du Conseil d’administration
Pays-Bas


Voir aussi : Il y a 80 ans, la rafle du Vél’ d’Hiv’ de juillet 1942 | vie-publique.fr

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