Il y a 77 ans : le 8 mai 1945

Le bunker sur la plage de Sainte-Marguerite-sur-mer, Normandie

Il y a 77 ans aujourd’hui, avec la reddition de l’Allemagne nazie, prenait fin sur le continent européen la Seconde Guerre mondiale, un conflit armé de 6 ans, le plus vaste que l’humanité avait connu jusqu’alors, mobilisant plus de 100 millions de combattants de 61 nations, et tuant environ 62 millions de personnes, dont une majorité de civils.

Cette guerre n’avait évidemment pas été la première, mais jamais jusqu’alors un conflit n’avait donné lieu à des massacres génocidaires d’une telle ampleur, rendus possibles par le détournement des progrès de la technique, montrant que l’être humain, s’il est capable du meilleur, est hélas aussi capable du pire.

À partir du 8 mai 1945, comme leurs aînés en 1918, les européens ont vécu dans l’illusion que cette guerre avait été « la der des der ». Une illusion entretenue par le fait que, jusqu’aux années 90, en dépit des tensions de la guerre froide, le continent européen n’a pas connu de conflit armé sur son sol, même si il en a été très proche en 1961, au moment de la construction du mur de Berlin. La construction de l’Union européenne, la réconciliation franco-allemande, la détente avec le bloc de l’est, l’URSS et ses états satellites, initiée notamment par le chancelier allemand Willy Brandt, ont conforté les européens dans l’idée que eux, au moins, avaient appris la sagesse, celle qui porte à résoudre les conflits par la négociation plutôt que par les armes, et qu’ils pouvaient se plonger dans les délices de la société de consommation, avec le retour de la prospérité économique durant une période de croissance incroyablement longue, les « 30 glorieuses ».

Et pourtant, les armes ne se sont jamais tues, ces armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières, dont le stock est aujourd’hui tel qu’il pourrait détruire plusieurs fois la planète et ses habitants. Dès ce 8 mai 1945, prémisses de ce que, longtemps, le gouvernement français s’obstinerait à qualifier « d’évènements d’Algérie », le sang coulait à Sétif, avec la répression brutale de manifestations anticolonialistes et indépendantistes. La liste est longue des conflits armés qui, dès 1945, se sont succédé partout dans le monde, avec leurs kyrielles de destructions de plus en plus violentes et meurtrières avec les progrès de la technique : Indochine, Corée, Viêt-Nam, Proche-Orient, guerres d’indépendance en Afrique, en Asie… Mais, pour les européens, ces guerres étaient lointaines, elles concernaient des gens « pas comme eux » … jusqu’à ce que, dans les années 90, les armes reprennent du service chez eux, en Yougoslavie, avec l’effondrement du bloc soviétique, qui a favorisé le réveil de sentiments nationalistes que l’on croyait à jamais endormis, attisés par ceux qui, en tous temps, tirent profit des guerres, et qui amènent des gens qui, jusqu’alors, passaient outre leurs différences pour cohabiter paisiblement, à s’étriper allègrement.

En ce printemps 2022, le bruit des canons et les sirènes pressant les civils à se mettre à l’abri des bombes retentissent de nouveau en Europe. Nous voyons sur nos écrans des images qui nous rappellent les archives de 1940 : des routes submergées, des gares bondées par des gens tentant de fuir. Des populations civiles fuyant la guerre, cela n’a pas cessé depuis le 8 mai 1945, mais cette fois-ci, en 2022, c’est tout près de chez nous que cela se passe, ces gens qui fuient, ils nous ressemblent, ils sont comme nous, nous pouvons nous identifier à eux.

Le 8 mai 1945, une guerre a pris fin, mais pas LA guerre, hélas. C’est désespérant. L’être humain ne changera t-il donc jamais ? Et pourtant, dans tout conflit, il y a peut-être une lueur d’espoir, celle de cette solidarité qui se déploie à l’égard des victimes, la mobilisation, partout en Europe, d’accueillir les réfugiés, la volonté d’essayer encore et encore de dialoguer avec l’agresseur afin de surmonter son autisme insensible à la souffrance des populations, y compris celle de son pays et le convaincre de faire taire ses armes.

Philippe Moreau,
Secrétaire général

 

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