Ukraine | pour un accueil digne pour les étudiants étrangers

Le 20 avril dernier, Armelle Andro, socio-démographe, Professeure à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Hicham Jamid, sociologue, post-doctorant à l’Université d’Aix-Marseille, ont lancé un appel aux universités européennes pour que ces dernières accueillent les étudiantes et les étudiants étrangers* d’Ukraine privés de scolarité, de visa, et souvent dans une grande précarité administrative, juridique et financière.

Depuis l’invasion russe en Ukraine le 24 février dernier, les médias ont remarquablement documenté l’exode de millions d’Ukrainiens, femmes et enfants principalement, à travers toute l’Europe et les nombreux élans de générosité à leur égard. C’est oublier les 61.000 étudiants étrangers*, qui étudient dans l’une des 800 universités du pays et dont la vie estudiantine a basculé en quelques heures. C’est la raison pour laquelle les chercheurs Armelle Andro et Hicham Jamid ont lancé un appel à toutes les universités françaises et européennes pour qu’elles accueillent dans les plus brefs délais ces étudiants, qui après avoir fui la guerre ont perdu leurs droits, notamment visa et accès à la scolarité. Au début de l’invasion russe, les autorités ukrainiennes ont souvent retenu de force les étudiants étrangers, principalement africains et moyen-orientaux, pour que ces derniers restent dans le pays. Puis, c’est à la frontière polonaise qu’ils ont été refoulés et ensuite placés dans des centres de rétention.

Précarité administrative et juridique

Hicham Jamid consacre ses travaux de recherche à la question des étudiants étrangers, qu’il définit comme des « migrants comme les autres ». Il rappelle qu’outre le fait pour ces étudiants d’avoir été refoulés ou retenus contre leur volonté, il a ensuite fallu qu’ils surmontent de nombreuses difficultés administratives. Il rappelle que “ces étudiants qui allaient à la fac doivent désormais pointer dans les préfectures de police”. Selon lui, beaucoup se sont retrouvés dans une précarité juridique et financière. Il faut savoir que la gratuité du transport ferroviaire européen ne leur a pas été accordée. Par ailleurs, leur visa ne leur permet pas de voyager dans l’espace Schengen et de circuler librement et leur titre de séjour n’est valable qu’en Ukraine. “Beaucoup pensent que ces étudiants étrangers sont en réalité de faux étudiants”, explique Hicham Jamid. “C’est la raison pour laquelle avec ma collègue de Paris 1 La Sorbonne nous lançons un appel à toutes les universités pour qu’elles accueillent dans les plus brefs délais ces étudiants”. Ils sont estimés à environ 61.000 originaires principalement d’Afrique et du Moyen-Orient, mais aussi d’Inde, du Turkménistan et d’Azerbaïdjan. L’Ukraine, explique M. Jamid, était jusqu’à la guerre réputée pour son système d’enseignement supérieur abordable financièrement et accessible en termes de visa. Ces étudiants sont souvent étudiants de Licence et de Master, dans des cursus de médecine, dentaire, pharmacie, droit, architecture dans les universités de Kharkiv, Kiev, Odessa et Zaporizhia.

Accueillir dignement

Si les autorités chinoises ou cubaines ont rapatrié au plus vite leurs étudiants, la situation n’est pas toujours aussi simple pour des pays comme le Togo ou le Nigéria. Ces étudiants se sont alors retrouvés dépossédés de nombreux droits et libertés. Hicham Jamid qui dénonce depuis longtemps la restriction des conditions d’accès à l’enseignement supérieur pour les étudiants étrangers, notamment le système de quota, appelle la France à agir et à accueillir le plus dignement possible ceux qui ont fui l’Ukraine. Le chercheur reconnaît que la situation politique actuelle – entre la réélection du président sortant, l’attente d’un nouveau gouvernement et les élections législatives dans un peu plus d’un mois – va très probablement retarder leur éventuelle admission. Mais au-delà de l’Hexagone, c’est à l’ensemble des universités européennes que Hicham Jamid et Armelle Andro s’adressent.

Vanessa Gondouin-Haustein,
Administratrice
(Pays-Bas)


*Par étudiants étrangers, il faut entendre les personnes originaires des anciennes colonies et des pays dits du Sud, contrairement aux étudiants internationaux venus d’Outre-atlantique et de Chine.

 

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