Journée Mondiale du livre et du droit d’auteur : La lecture comme bien public

La lecture et l’écriture sont des compétences fondamentales qui ouvrent les portes du savoir et de la pensée, qui donnent accès à la formation et à l’insertion professionnelle, et qui constituent un pilier de la participation active à la vie culturelle. L’importance de promouvoir la lecture pour le développement des facultés intellectuelles et sociales est indéniable. Et c’est de plus en plus certain, quand on sait que la société actuelle de l’information et de la communication multimédia, ou les médias en général, et les médias numériques en particulier, jouent un rôle de plus en plus prépondérant.

En général, depuis plusieurs années les gros titres de la presse mondiale répètent qu’on lit en moyenne un demi-livre par an. Le nombre exact a été contesté par plusieurs personnes car il existe indéniablement des disparités d’un pays à l’autre. Ce qui est certains, c’est que nous lisons de moins en moins. Par conséquent, nous devrions arrêter de tergiverser et réfléchir davantage aux solutions qui peuvent être apportées, au lieu de chercher des excuses à travers des chiffres impondérables. Bien que la lecture soit un acte personnel, de multiples facteurs doivent être activés pour encourager la lecture. L’environnement familial, l’école, les institutions, les amis, sont autant d’acteurs qui peuvent contribuer à la promotion de la lecture.

Le faible taux de lecture s’explique, entre autres, par la méthode d’apprentissage. On a de plus en plus tendance à appliquer des méthodes où la lecture est considérée comme un acte mécanique, circonscrit à une sorte de décodage, où le processus d’entrée dans la culture de l’écriture est laissé de côté. Cette menace d’uniformisation des apprentissages limite les capacités des élèves à établir des liens entre les savoirs scolaires et leurs expériences personnelles et collectives, que ce soit à l’école ou en famille. Ce qui les empêche de développer leur capacité à penser et à créer, accentuant ainsi les inégalités scolaires puis sociales.

Même si l’école doit rester le lieu central de l’apprentissage de la lecture, cet apprentissage doit être complété par des projets de promotion de la lecture qui vont à la rencontre des jeunes et des moins jeunes. De nombreux pays ont développé ces dernières années des politiques d’implantation de bibliothèques, pourtant nous savons pertinemment que par manque de médiation elles sont figées dans le temps et dans l’espace, répondant aux besoins de quelques-uns. Les bibliothèques mobiles, quant à elles, sont des moyens qui ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs régions du monde, car elles n’attendent pas le lecteur, mais elles le cherchent. Il faut donner le goût de la lecture car nous ne sommes pas face à un acte inné.

Bien que le plaisir de tenir un livre ne puisse jamais être remplacé, la dématérialisation des livres est une réalité et nous devons vivre avec. En ce sens, il faut en profiter et en saisir l’opportunité. Non pas pour faire disparaitre le livre papier mais pour le compléter. Pour cela, il faudrait multiplier les projets de bibliothèques virtuelles, et les compléter par des ateliers pédagogiques sur la lecture numérique. Donner une tablette à un enfant, mesure phare chez les populistes, ne suffit pas, si on ne lui apprend pas à bien s’en servir.

Et pour une fois la pandémie aura eu des effets bénéfiques dans de nombreux cas sur la création d’habitudes de lecture. Vraisemblablement, tant de jours et d’heures d’enfermement forcé en auront poussé beaucoup à se tourner vers un livre ou un magazine, ne serait-ce que pour lutter contre l’ennui ou pour échapper à la télévision et aux téléphones portables. Et il faut également supposer que certains auront créé des habitudes de lecture qui dureront peut-être pour le reste de leur vie. Seul le temps nous permettra de le corroborer.

Mais ne nous voilons pas la face, la lecture plaisir a été supplantée par les réseaux sociaux. Si avant les enfants et les jeunes lisaient pour leur propre intérêt, maintenant ils augmentent leur temps d’écran en utilisant des applications de réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, qui gèrent la grande majorité de leur contenu à travers des vidéos. Cela signifie qu’il y a beaucoup moins d’opportunités pour les étudiants de lire dans leur propre intérêt et la concurrence avec les réseaux sociaux est presque une bataille perdue d’avance.

Le résultat de ce phénomène est une génération d’élèves qui ont de moins bonnes compétences en lecture et, par conséquent, moins d’éléments liés au développement des compétences langagières. L’impact de cela se reflétera dans la capacité d’apprendre à apprendre, de comprendre des textes dans d’autres domaines de connaissance et dans la possibilité qu’une population qui avait déjà peu de compétences en lecture puisse progresser encore plus.

Il faut donc sacraliser l’école dans son rôle essentiel dans le développement du plaisir de lire. De nombreuses animations existent pour faire naître et cultiver le plaisir de lire à l’école, qu’il soit via le numérique ou le livre papier. Parce que la lecture doit rester un bien public et non pas le privilège de quelques élus.

Antoine Lissorgues, administrateur de Français du monde-adfe, Équateur

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