Matthieu Pallud | Le talent français

portrait de Mattieu Pallud

C’est sa pratique de l’escrime qui a offert l’opportunité à ce jeune grenoblois de vivre depuis 2015 à Londres avec sa famille. Vingt-troisième épéiste français et créateur d’entreprise, il mène également de front des études supérieures. Un jeune homme talentueux, qui raconte d’un ton posé sa manière de lancer des ponts entre son pays natal et le monde.

Le sport et les études.

Le potentiel sportif de Matthieu, escrimeur depuis l’enfance, a été découvert par les Anglais lors d’un stage d’épée entre sa 5ème et sa 4ème, et un club londonien lui a proposé alors de s’installer dans la capitale du Royaume-Uni. La famille s’embarque, ses parents ayant pu s’adapter professionnellement dans ce nouvel environnement entre travail à distance et allers-retours avec la France. Il a une vision très positive de ce changement de vie pour lui et sa famille, considérant que cela a constitué une opportunité de connaître de nouveaux horizons, ce qu’il nomme une « belle chance ».
Il change de club pour des raisons sportives, devenant depuis lors épéiste du club Leon Paul London (célèbre fournisseur du matériel des escrimeurs). Après le Collège Français Bilingue de Londres, il intègre le Lycée international Winston Churchill envers lequel il est très reconnaissant. Matthieu évoque avec enthousiasme sa pédagogie innovante et originale, les classes par petits groupes, les supports numériques, toutes choses qu’il n’aurait pas connues, selon lui, s’il était resté en France. Il est d’ailleurs conscient de la chance que cela représente pour lui d’avoir réalisé ses études secondaires dans ce qu’il qualifie de « cadre privilégié ». C’est d’ailleurs aussi grâce à la flexibilité de son établissement qu’il a pu à la fois convaincre l’académie de lui reconnaître le statut de haut niveau pour le baccalauréat, mais aussi de voyager régulièrement pour participer à des compétitions en France pour le club de Clichy, d’autant qu’il est surclassé.
Le lycée a certes été souple sur les horaires, lui permettant de se rendre en France tous les jeudis de chaque semaine, mais à la condition que Matthieu assume la responsabilité de ses absences, avec par exemple la possibilité de suivre les cours à travers un Ipad posé dans la salle de classe. Il a obtenu son baccalauréat scientifique il y a deux ans, en plein Covid, mais il l’aurait eu de toute façon s’empresse-t-il d’ajouter, omettant de mentionner sa mention « Très bien », accréditant au passage la réputation des escrimeurs d’être de bons élèves.

…mais aussi chef d’entreprise

L’année du bac, Matthieu constate que les familles françaises ont du mal à trouver des étudiants francophones pour assurer le baby-sitting. Grâce notamment aux connaissances en technologie et numérique acquises au lycée, Matthieu lance son projet Mogy, une plateforme de mise en relation mogybabysitting.com. Fort de 80 camarades recrutés dès le premier mois, il parvient progressivement à offrir 400 heures de babysitting à Londres la première année. Il élargit l’offre, s’appuyant sur des jeunes entre 16 et 27 ans, élèves d’autres établissements (Lycée français Charles de Gaulle, universités, grandes écoles,..). En septembre 2020, après les premiers confinements, il crée un site pour les cours particuliers, au moment où la pandémie accroit les besoins mogystudy.com. Il met en place également mogybyyou.com qui permet à n’importe quel expatrié dans le monde de développer Mogy dans sa ville.
Plus récemment, il a lancé The Hub qui propose des cours en ligne de yoga, de sport, de musique et d’éveil musical pour les plus petits. Il vient aussi de refaire le site et d’ouvrir des antennes à Lisbonne, Madrid, Barcelone et Montréal.
Mais il n’est pas seul dans l’aventure et, comme sportif, il connaît la valeur du collectif et cite les camarades de terminale qui ont fait partie du projet initial tout comme les étudiants qui constituent l’équipe Mogy. Il a remporté le Trophée Ancien(ne) élève des Lycées français du monde, parrainé par l’AEFE, alors qu’il avait déposé la candidature quelques minutes avant le bouclage.
Cette audace et ce sens du collectif liés à sa formation à la fois sportive et éducative s’appuient aussi sur le sentiment d’appartenance à la communauté nationale, à l’envie de mettre les Français de l’étranger en contact. C’est donc naturellement qu’il s’est rapproché de la section Français du monde-adfe de Londres en participant notamment à la campagne de la liste menée par Samy Ahmar pour les élections des conseillers des Français de l’étranger.
Un jeune homme très occupé, donc, qui poursuit ses études en ingénierie biomédicale à l’université à Londres (Imperial College London) et développe de nouvelles idées pour la plateforme. Lié au Levallois Sporting Club, il revient chaque week-end en France pour s’entraîner et participer aux compétitions, considérant d’ailleurs que le Brexit n’a rien changé pour lui. Il adore cette vie des deux côtés de la Manche, cette semaine binationale. Ce qu’il affectionne lors de ses déplacements dans tous les coins de France qu’il découvre, c’est surtout que l’on y mange bien. Touché !

Propos recueillis par Florence Baillon

Sources :  Magazine Français du Monde 204

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