La flamme du FLAM : histoire et actualité d’un dispositif bienveillant

Au commencement, il y a eu la volonté de familles françaises et binationales de donner à leurs enfants, scolarisés à l’étranger hors du système français, un accès à l’apprentissage et à la pratique de la langue française. Des collectifs de bénévoles se sont créés aux Pays-Bas et en Allemagne en particulier, souvent portés par des personnes par ailleurs membres de notre association, comme l’Animation enfantine en 1984 à Hesse ou celle de Zurich en 1999, qui a appelé FLAM (français langue maternelle) son cours de français. 

L’ADFE a saisi l’idée et l’a travaillée. En effet, Monique Cerisier ben Guiga, à l’époque présidente de l’association et sénatrice des Français de l’étranger avait fait le constat, lors de ses déplacements qu’environ deux tiers des enfants français ou binationaux résidant hors de France ne fréquentaient pas les lycées français de l’étranger, soit parce que ceux-ci étaient trop chers ou trop éloignés, soit parce que leurs parents avaient choisi de les scolariser dans le système local. Elle obtient du ministère des Affaires étrangères de l’époque une ligne budgétaire viabilisant un dispositif original sous le nom de FLAM en 2001.

Le succès est tout de suite au rendez-vous en Algérie, en Pologne, en Irlande et ailleurs : des bénévoles, une cogestion entre familles avec, pour le démarrage, un appui financier annuel du MAE sous forme de demande de subvention. En 2009, l’Agence pour l’enseignement français à l´étranger (AEFE) se voit confier le soutien aux associations FLAM. Actuellement, le budget attribué aux groupes FLAM est de 250 000 € et en 2021, il devrait être de 312 000 €, alors qu’il était de 600 000 € il y a 5 ans. 

Il existe trois types de subventions : une subvention d’aide au démarrage des associations et à leur pérennité ; une pour l’organisation de rencontres régionales et, enfin, une subvention de projets pour accompagner des actions mobilisatrices de nature éducative ou culturelle, tout cela régi par un certain nombre de critères d’éligibilité (association sans but lucratif, pratique de la langue française, activités sur la langue et les cultures françaises et francophones).

Aujourd’hui, il existe 173 associations réparties dans 40 pays, regroupant des enfants de 5 à 16 ans. Les activités doivent être organisées pour un effectif minimum de 10 élèves français (ou binationaux) auxquels peuvent se joindre des élèves étrangers. Il ne s’agit ni d’une école française, ni d’une annexe de l’Alliance ou de l’Institut français locaux : il n’est pas question de programme à suivre, ni d’objectifs à atteindre et encore moins d’évaluation, autrement dit une grande liberté pédagogique qui repose sur la créativité des membres, qui peuvent s’appuyer sur des supports variés et atypiques. D’ailleurs, l’une des difficultés pour les animatrices, c’est de faire progresser les groupes, dont le niveau de français est par nature hétérogène, même au sein d’une classe d’âge. C’est toute l’importance des activités proposées : par exemple, l’école Domino de Berlin offre des activités artistiques et sportives, à Shangaï un atelier théâtre, à Rome des ateliers cuisine et des conférences avec des invités qui parlent de leur métier ou de leur passion.

Enfin, l’autonomie par rapport aux institutions n’empêche pas au contraire, les échanges entre le dispositif FLAM et les institutions francophones du réseau scolaire et culturel, que ce soit la mise à disposition de locaux ou des partages de ressources.

La flamme du FLAM 

Lorsque l’on interroge les responsables des groupes FLAM, comme nous l’avons fait auprès des groupes de Hesse, Shanghai, Rome, Washington et Berlin, ce qui décrit le mieux pour elles le FLAM c’est, au-delà du souhait d’une pratique quotidienne du français, un fort lien amical qui se noue à la fois entre les enfants mais aussi entre les parents. Une anecdote illustre bien cette situation : deux petites filles qui se retrouvaient au FLAM où elles échangeaient en français, se sont rendues compte tardivement lors du covoiturage qu’elles parlaient également toutes deux la langue du pays, qu’elles ont évidemment adoptée pour le trajet. A Rome, quand les enfants FLAM deviennent adolescents, ils s’inscrivent ensemble sans en passer par leurs parents, comme une activité propre à leur groupe d’âge et à leur cercle d’amitié. 

Pour les adultes, il y a d’abord la gestion commune du FLAM puisque les décisions sont prises par la communauté des parents, qui sont bénévoles. Mais des liens se tissent également pendant le FLAM lui-même, pour des raisons pratiques de déplacement, mais aussi parce que la socialisation des adultes hors les murs se développe simultanément, comme pour les Papas Flam de Rome, qui se retrouvent autour d’un café en attendant leur progéniture, ou le « club des papas » à Shanghai. Enfin, les familles deviennent souvent des communautés d’entraide, puisque cela permet de rompre l’isolement des nouveaux arrivants et d’être solidaires sur des sujets divers. Symboliquement aussi, il s’agit de valoriser le bilinguisme et la multiple appartenance culturelle, grâce à la volonté des familles de « changer la vie de leurs enfants », pour que ce soit à leurs yeux, source de richesse.

Des limites et de l’avenir

Le FLAM grandit localement et essaime. Cependant malgré l’énergie des familles et le soutien du MEAE, les groupes FLAM rencontrent plusieurs difficultés, certaines limitantes d’ailleurs. Tout d’abord, le montage administratif de ces structures est parfois compliqué compte tenu des modes de fonctionnement locaux. C’est le cas de la législation aux Etats-Unis, mais aussi en Chine où le FLAM Shanghai, qui accueillait en 2017 plus d’une centaine d’enfants sur deux sites, a signé un partenariat avec l’Alliance française pour pouvoir poursuivre ses activités.

Le principe étant basé sur le bénévolat, un des souhaits récurrents dans les témoignages est de davantage de publicité pour la mise en valeur de l’existence des FLAM, une promotion qui trouve naturellement sa place dans les postes consulaires. On sait bien que la synergie des dispositifs français à l’étranger est un gage de succès, car au-delà de la diffusion de l’information pour capter du public, il s’agit de faire appel à de nouveaux bénévoles, mesure nécessaire tant l’engagement est chronophage. 

Il existe aussi un équilibre à trouver concernant l’emploi du temps des enfants et des jeunes : en effet, certains regrettent qu’il ne s’agisse que de quelques heures par semaine alors que d’autres considèrent que cela alourdit rapidement la vie quotidienne.

La Covid-19 a évidemment quelque peu stoppé ce bel élan, même si les FLAM se sont adaptés aux nouvelles pratiques de sociabilité, en organisant des activités par Zoom le temps des confinements, avant de pouvoir reprendre en fonction de la situation sanitaire dans chaque pays. Justement, cette pandémie, si elle a quelque chose de positif, est bien l’occasion de montrer l’importance vitale du lien réel, telle qu’il est pratiqué dans ces communautés.

Ces derniers mois, un collectif FLAM Monde s’est créé et développé, avec pour objectif de faire évoluer le dispositif, en s’appuyant notamment sur l’expérience des personnes qui font vivre ce programme localement. Trois représentantes ont été auditionnées par la commission de l’enseignement, des affaires culturelles, de l’audiovisuel extérieur et de la francophonie de l’Assemblée des Français de l’étranger lors de la 34ème session qui s’est déroulée du 8 au 12 mars dernier. Au-delà des bénéfices pour les familles et du dévouement des bénévoles, l’engagement de l’État est décisif si l’on souhaite que les enfants appréhendent leur culture française comme une valeur ajoutée dans un monde auquel il faut s’adapter sans cesse.

L’adaptabilité est d’ailleurs un mot qui revient dans tous les témoignages : adaptabilité au contexte local, aux caractéristiques de la communauté française, à l’organisation des familles et aux connaissances et aux envies des enfants.

Retrouvez les FLAM sur la page officielle : www.associations-flam.fr

Pour plus de renseignements, vous pouvez également contacter le service pédagogique de l’AEFE,  en charge du suivi administratif du dispositif FLAM : candidatures.associations-flam@aefe

Florence Baillon

Tous mes remerciements à Sylvette Collard (ancienne présidente de Flam Shanghai), Anne Henry-Werner (Flam Hesse, Animation enfantine), Nadine Robert (Flam Washington), Barbara Steinbeck (Flam Berlin), Valérie Tristan (Flam Rome).

Photo : FLAM Hesse Animation enfantine, Allemagne

Imprimer

Commentaires

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant et concret.
    J’ai été moi-même enseignante à Flam/ Shanghai pendant 2 ans.
    Je voulais savoir si justement FLAM existait à Lisbonne où je vis désormais depuis 2017.

    Merci d’avance,
    Géraldine Goraieb

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.