Une enquête pour mieux cerner les difficultés des Français.es de l’étranger face au cancer

A l’occasion de la campagne Octobre Rose, Français du monde-adfe a lancé une grande enquête destiné.es aux Français.es de l’étranger atteint-es de cancer. Notre association, reconnue d’utilité publique, souhaitait en effet connaître les difficultés auxquelles sont confronté.es quotidiennement les Français.es vivant hors de nos frontières, en particulier sur l’information et l’accès aux soins. Les réponses ont été importantes afin de mieux comprendre comment accompagner, informer et défendre à l’avenir les droits des femmes et des hommes à l’étranger, touché.es par le cancer.

Vous vivez à l’étranger, vous avez souffert d’un cancer ou vous êtes actuellement malade ?

Grâce à la participation de 270 personnes et aux témoignages anonymes, nous avons mieux cerné la situation des Français.es de l’étranger, touché.e.s par cette maladie afin de réfléchir à des pistes visant à rompre leur isolement, en particulier pendant cette crise de la Covid-19. On constate tout d’abord que 78,8 % des personnes qui ont répondu ont choisi de se faire soigner dans leur pays de résidence et seulement 16 % en France. Comment expliquer ce choix ?

La majorité des personnes qui ont répondu résident en Europe, ce qui laisse à penser qu’il est plus aisé de bénéficier d’un système de soins efficace dans l’espace européen, compte tenu de la prise en charge financière des consultations et des soins souvent bien organisés. Cette impression générale ne doit cependant pas cacher de sérieuses difficultés dont font part plusieurs personnes, comme dans ce témoignage d’une femme qui décrit les problèmes qu’elle a rencontrés en Europe du Sud, avec en plus un problème pour établir un contact avec une personne référente de la Sécurité Sociale en France, et ce, malgré les accords entre pays de l’espace européen. Le manque de cohérence administrative est décourageant, et sans informations précises quant à une prise en charge, un projet de soins en France peut s’avérer impossible malgré la proximité géographique. « La demande de prise en charge au niveau administratif est une bataille en continue. » dit-elle.

Hors Europe, les conditions d’accès à l’assurance maladie varient d’un pays à l’autre. Les adhérent.e.s à la CFE sont remboursé-e-s selon les tarifs français, qui peuvent être dramatiquement inférieurs à ceux pratiqués dans le pays de résidence, comme aux États-Unis par exemple. En outre, se rendre en France pour la durée du traitement – indéterminée – signifie une séparation familiale très dure à vivre, voire insurmontable. Fort heureusement, 85,9% des personnes interrogées s’estiment  satisfaites des soins qu’elles ont reçus. 

Un manque d’information et des difficultés pour venir se faire soigner en France

Il ressort des témoignages que les Français.e.s de l’étranger confronté.e.s à un cancer manquent terriblement d’informations. Un témoignage venant d’Amérique du nord est éclairant à ce sujet :
« J’ai pensé venir en France, demander un second avis et peut-être même me faire soigner à l’Institut Curie ou à Villejuif, mais ne sachant comment entreprendre les démarches et où m’informer, la distance géographique ne facilitant absolument pas les choses, ainsi que le coût financier (hébergement, transport aérien, etc.…) j’ai laissé tomber. » A noter que 92,6% des personnes interrogées n’ont pas contacté les services consulaires français de leur pays de résidence afin de bénéficier d’aide et d’information, que ce soit pour rentrer en France ou pour bénéficier de soins en France. 

48,7% auraient aimé connaître un réseau d’entraide entre Français afin de recevoir et partager des informations concernant les soins en France. Ceci d’autant plus qu’en pleine crise de la Covid-19, comme le rappelle une personne malade, elle aurait aimé bénéficier du soutien de son ambassade quant aux possibilités de retour pendant la crise sanitaire.

Des associations d’entraide existent à l’étranger, comme l’exemple de l’expérience d’une association francophone créée à San Francisco : quatre femmes ont lancé le Réseau Main Dans la Main, avec l’implication du consulat. Cela répondait à un besoin local et Yvette Chalom, présidente de la section Français du monde-adfe à cette époque, a directement encouragé sa création, au travers d’aides venant de la communauté. 

Comment rompre l’isolement ?

« On ne pense pas au cancer quand on est expat et en très bonne santé, alors j’aurais aimé avoir de l’entraide de femmes ayant vécu ce cas, des adresses de médecins, de centres médicaux, des informations sur le parcours de soins et la durée probable du traitement », explique un témoignage.

Les contraintes tant financières que familiales pèsent dans le choix des « expatrié.e.s ». Devant ce constat, la diffusion d’information autour de la santé, visible et accessible aux Français.e.s établi.e.s à l’étranger, rendrait leur parcours plus simple au sein des associations représentant les Français de l’étranger. Un guide des institutions médicales en France, par région, et des associations d’aide aux personnes vivant avec le cancer, serait un premier pas aussi et pourrait être diffusé au sein des consulats. Un forum d’échanges pourrait être établi, avec fichier des médecins et centres de soins permettant les commentaires des adhérent.e.s ; ceci tisserait un réseau d’entraide au niveau international. 

Le soutien de l’État est nécessaire pour créer les plateformes indispensables au développement de ce projet. Les informations seront relayées par les associations de Français de l’étranger, intégrées aux sites des ambassades et consulats, et mises à jour sans délai. 

Gaëlle Barré, membre du Bureau national
Yvette Chalom, 
Vice-présidente de la section de San Francisco

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