L’adoption internationale en France : la quête des origines

La quête de ses origines est une démarche importante dans le cas d’une adoption, puisqu’elle constitue une part importante de la construction de l’identité. En France, à la fin du 20ème siècle, de nombreuses familles ont eu la possibilité d’adopter un enfant provenant d’un autre pays. Aujourd’hui un collectif s’interroge sur les conditions de certaines adoptions.

Avoir recours à l’adoption internationale pour des familles françaises a constitué, pendant de longues années, une solution face au petit nombre d’enfants français à adopter. On estime en effet le nombre d’enfants adoptés à 100 000 entre les années 1970 à 2000. En revanche, depuis une quinzaine d’années, on constate une forte diminution : 421 adoptions en 2019 contre 4000 en 2005. Par ailleurs, on se souviendra de plusieurs scandales survenus ces dernières années concernant des adoptions illicites d’enfants provenant du Guatemala, de l’Inde, du Sri Lanka, du Tchad, d’Haïti, etc. notamment à travers des associations.

Depuis quelque temps, il est question de ces cas d’adoptions illicites dans un autre contexte. La loi permettant aux personnes adoptées d’accéder à leur dossier afin de pouvoir connaître leurs origines, celles-ci, lorsqu’elles parviennent à reconstituer leur histoire, découvrent parfois des faux documents, des données modifiées ou imprécises, un flou volontairement entretenu le plus souvent pour dissimuler des pratiques illégales. Il apparaît alors que les parents biologiques n’étaient pas consentants, qu’ils étaient bien vivants contrairement à ce que l’on avait dit aux familles adoptives ou qu’ils ont été abusés.

Face à cette situation, un groupe de personnes adoptées à l’étranger, s’est organisé : il s’agit du collectif pour la « Reconnaissance des adoptions illicites en France » (Raif) qui s’est adressée à l’Assemblée nationale et a publié une pétition sur le site change.org (1700 signatures à ce jour), pour demander au gouvernement l’ouverture d’une enquête. Le collectif a également saisi le Secrétaire d’État chargé de l’enfance qui s’est engagé à le recevoir.

Il faut dire qu’avant 1990, aucune loi ne réglementait les adoptions internationales et il n’existait pas non plus un contrôle strict de la part de l’administration. Il manque également une information solide notamment sur le suivi des organismes autorisés pour l’adoption et des associations privées habilitées à opérer dans ce cadre, des statistiques, des études précises. Yves Denéchere, professeur de l’université d’Angers, dont les recherches portent entre autres sur l’adoption internationale, déplore l’absence de connaissances sur le sujet ; lui-même s’appuie pour son travail sur les archives, la presse et des témoignages. Ce corpus lui permet d’affirmer qu’entre les années 60 à 90, des faits délictueux, illégaux ou illicites ont accompagné des adoptions internationales.

La ratification de la Convention de la Haye par la France (signée en 1993 et ratifiée et entrée en vigueur cinq ans après) constitue un tournant pour ce qui concerne les adoptions internationales. En effet, non seulement elle permet de réglementer les procédures et d’enrayer les trafics, mais elle privilégie également la protection de l’enfant et son maintien dans sa famille biologique et dans son pays d’origine lorsque c’est possible. Après cette date, le nombre d’enfants adoptés à l’étranger tombe considérablement et avec elle, le nombre de pratiques illicites. Aujourd’hui, seulement 400 à 500 enfants sont adoptés depuis l’étranger en France.

La diminution ne doit pas pour autant effacer ce qu’il s’est passé et les personnes adoptées ont le droit de connaître les conditions de leur adoption et la réalité de leurs origines. Les Pays-Bas et la Suisse ont réalisé des enquêtes sur le sujet, ont pris des dispositions et accompagnent les personnes dans leur démarche. Reste à souhaiter que cette alerte incite l’administration française à aider les personnes concernées dans leur recherche, mais également que l’on prendra la mesure de la déflagration que cette découverte peut constituer, à la fois pour les familles adoptives et biologiques, mais évidemment aussi pour les personnes en quête de leurs origines.

Sources: Collectif Raif

Vers une histoire de l’adoption internationale en France d’Yves Denéchère, Vingtième Siècle, revue d’histoire, 2009/, n°102

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Commentaires

  1. 421 adoptions en 2019 ? Le chiffre ne paraît pas crédible. Rien que pour les enfants nés en France, il y a environ 600 enfants nés sous X qui sont adoptés chaque année. Il faut ajouter à cela les enfants adoptés par le conjoint d’un de leur parent.

  2. Pensons-nous avec la même délicatesse aux enfants nés d’une fécondation hétérologue qui désirent connaître leur père biologique?

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