Avec le coût de la crise sanitaire, peut-on encore s’offrir la transition écologique ?

Au lendemain de la crise financière de 2008, Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant mis en place après son élection le Grenelle de l’environnement, avait déclaré :
« L’environnement (…) ça commence à bien faire », parce que l’économie peinait à redémarrer.

En 2020, Emmanuel Macron n’a rien à lui envier : alors que l’acte 2 de son quinquennat devait marquer un virage vert, notamment avec la convention citoyenne pour le climat, il a déjà laissé planer moult réserves sur les 150 propositions, tuant notamment tout espoir de taxer les dividendes ou les hauts revenus pour enclencher des investissements verts. Pire encore, le plan de relance annoncé en septembre fait l’impasse sur une conditionnalité verte des aides publiques, revenant à subventionner des entreprises polluantes alors même que la transition écologique nécessite une vision à plus long terme de transformation de ces industries. Ces tergiversations entretiennent une confusion erronée mais tenace : l’écologie n’est pas compatible avec l’économie, et la seconde doit être privilégiée sur la première.
C’est que la crise que nous vivons, comme les précédentes va encore faire exploser la dette publique partout en Europe : alors qu’elle représentait 66% du PIB de la zone euro à la veille de la crise des subprimes, elle devrait atteindre les 103% cette année.

Pour le moment, ce n’est pas un problème : l’endettement généré par la crise de la Covid-19 a rapidement fait oublier les critères de Maastricht – le déficit à maintenir sous les 3% notamment – jusqu’à fin 2021 au minimum. Cette bonne nouvelle, permettant de débloquer la dépense publique, est-elle un trompe-l’œil qui augure d’une politique d’austérité à venir ou d’un nouveau paradigme ?

La logique actuelle est celle, une fois encore – les crises se suivent et se ressemblent – du sauvetage. Face au manque à gagner et à la baisse du PIB par rapport aux attentes, les ministres des finances jouent les pompiers en inondant l’économie grâce à l’emprunt et la Commission Européenne, en levant la règle d’or, ne leur demande plus de compter l’eau pour éteindre l’incendie.

Cependant, et contrairement aux dépenses d’avenir prévues par le Green Deal Européen, cette nouvelle dette est une dépense pour compenser le manque à gagner et pas un investissement pour l’avenir : il s’agit de rattraper la « croissance potentielle ». Le risque est donc de rater le coche de la transformation de nos économies vers un modèle plus résilient, et de répéter encore plus fort les recettes qui nous ont conduits ici, faisant le lit de la prochaine crise économique, dans un cycle mortifère qui fait que depuis un peu plus de 10 ans, en Europe, les crises se suivent et augmentent en fréquence et en intensité.

Mais cette dette européenne est-elle seulement un problème ? La donne a changé depuis la logique austéritaire de la règle d’or budgétaire : si, partout, la dette a augmenté, sa charge n’a jamais, paradoxalement, été aussi basse car, avec des taux d’emprunts proches de zéro, voire négatifs, l’état ne paye plus pour s’endetter.

Il faut donc sortir de la logique du pansement perpétuel et entrer dans une logique d’investissement dans l’avenir avec une trajectoire climatique soutenable.
A-t-on seulement le choix ? La pandémie du coronavirus, qui marquera au fer rouge l’humanité, est aussi un signal du dérèglement de nos économies et de notre biodiversité. Elle ne pourrait bien être que la première petite vague du typhon de la crise écologique.

Il faut inverser le cycle, et donc étudier les outils qui le permettent. Pour cela il faut un changement radical du paradigme. La croissance du PIB en soi ne peut plus être un objectif pertinent des politiques économiques. Ces dernières doivent être orientées sur la création d’emplois durablement compatibles avec les objectifs climatiques, sur la transformation des activités qui ne le sont pas, sur la réduction des inégalités monétaires et d’accès aux services publics. Il faut cesser de ne se fier qu’au seul marché pour orienter les investissements. La politique monétaire doit être mise au service d’une politique de crédit aux investissements soutenables et rompre avec le mythe d’une neutralité qui ne fait qu’entretenir des modes de production incompatibles avec la transition écologique. Les politiques budgétaires doivent résolument, « quoi qu’il en coûte », soutenir des investissements d’infrastructure nécessaires aux activités soutenables et aider les ménages à réduire l’empreinte carbone de leur logement et de leurs transports. Les politiques fiscales doivent rétablir la justice devant l’impôt. En bref, saisissons toutes les opportunités pour investir dans le futur. Ce sera une « bonne » dette : elle réduira notre dette écologique.

Michael Vincent, section Bruxelles

Pour en savoir plus, retrouvez la rediffusion de l’atelier de Michael Vincent aux Journées d’été des écologistes 2020 :
https://0vinz.wordpress.com/2020/08/31/video-debat-aux-journees-dete-des-ecologistes-dettes-comment-sortir-des-crises/

Greentervention – Agir sans attendre
Greentervention est une association sans but lucratif regroupant des bénévoles guidés par la conscience de l’urgence climatique.
L’association propose des décryptagespour rendre accessibles les liens entre écologie et la nécessité de réformes politiques, économiques, financières et sociales permettant
la réalisation de cette transition, et se fait force de proposition pour représenter l’intérêt des citoyennes et des citoyens face aux inerties de ceux qui veulent que rien ne change.
Pour en savoir plus sur les actions en cours et prendre part au changement :
www.greentervention.org

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