La force du témoignage pour mieux comprendre et lutter

48 heures que cela tourne dans ma tête, que j’ai du mal à trouver le sommeil. Et même à froid, je ne peux toujours pas trouver les mots pour qualifier l’inqualifiable.

Alors, en hommage à ce collègue, notre collègue, mon collègue, je re-publie le magazine de mes élèves de Seconde sur la liberté d’expression, travail réalisé dans le cadre des cours d’éducation civique en 2016.

Mon mari me dit souvent, dans le quotidien, que je veux toujours avoir le dernier mot. Et je lui réponds inlassablement que cela doit être une déformation professionnelle.

Et là, je me souviens quand ces trois grands gaillards de 3è, se sont dressés devant moi, cherchant à m’intimider, et venant m’affirmer que tout ce que je venais de dire sur le génocide arménien était faux… Eh bien, il faut avoir le dernier mot, et tenir tête avec les arguments.

J’avoue que j’ai craint qu’ils m’attendent à la sortie. Il n’en a rien été. J’ai eu de la chance.

Je me souviens de cet autre collégien que j’ai repris en classe, lui demandant de me regarder quand je lui parlais, et pour qui c’était vraiment difficile. C’était le même qui ensuite m’insultait sur le parking quand je rejoignais ma voiture. Il a fallu aussi trouver les mots pour qu’un dialogue s’installe entre nous.

Je me souviens de ce lycéen qui m’a rendu un dossier sur le mariage entre personnes de même sexe, dans le cadre d’un cours d’éducation civique. Ces propos étaient clairement homophobes. Le débat organisé par la suite entre élèves, aura au moins eu le mérite qu’il puisse s’exprimer et écouter d’autres points de vue contradictoires argumentés. Encore les mots.

Je me souviens de ces parents d’élèves climato-sceptiques qui me sont tombés dessus en réunion parents-profs, car ils me trouvaient « trop écolo » dans ma façon de présenter le cours sur le développement durable et la transition écologique. J’ai dû là encore trouver les mots pour simplement dire que je respectais à la lettre les programmes de l’Éducation nationale française.

La liste pourrait être encore longue, mais nous, enseignants d’Histoire-Géographie-Éducation civique, mais également, de philosophie, de lettres, de langues, de sciences, d’art, d’EPS,  ainsi que les conseillers d’éducation (CPE) et tous ceux qui sont au contact de ces jeunes, nous devons avoir le dernier mot quand se présentent à nous des situations qui ne sont pas conformes à nos valeurs républicaines. Nous devons continuer à inculquer les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tolérance, de laïcité. C’est la mission que je me suis donnée et que je tente tous les jours d’honorer, en rajoutant de la bienveillance, et de l’écoute.

J’ai la chance d’avoir enseigné dans tous types d’établissements de la primaire au bac pro, de la ZEP aux lycées français à l’étranger. Les problém(atiques) sont différent(e)s d’un lieu à un autre, mais ils (elles) existent partout. J’ai ainsi croisé de nombreuses cultures, croyances, couleurs, origines, en France et ailleurs dans le monde. Le point commun, mes mots.

Alors, je continuerai à enseigner la liberté d’expression et toutes les libertés.

Et dès demain.

Caroline M., adhérente et professeure d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique.


Si vous souhaitez vous aussi témoigner ou partager votre expérience sur ce sujet, n’hésitez pas à contacter le siège de Français du monde-adfe.

 

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Commentaires

  1. C’est avec une très profonde tristesse que j’ai appris l’assassinat horrible d’un enseignant français!
    J’exprime mon soutien le plus total à sa famille et aux proches de la victime ainsi qu’à tous les enseignants français.
    En toute solidarité!

    Simo‍
    Citoyen marocain pro-laïcité et pro-féministe depuis 1990/1991.

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