Tribune de Mehdi Ben Lahcen, professeur de Sciences Économiques et Sociales

Au début on ressent une forme d’incrédulité, puis non on ne rêve pas : c’est bien en France qu’en 2020, un enseignant est assassiné avec barbarie, car, attaché à sa mission, ce dernier avait eu l’outrance d’enseigner la liberté d’expression.

Très vite la colère prend le pas sur l’effroi. Attaquer l’Ecole, c’est attaquer le legs le plus important des « Lumières », le plus bel héritage de la Révolution.

Notre Ecole républicaine, constitue notre instrument d’émancipation le plus important. Pour Condorcet et d’autres révolutionnaires, c’est justement l’Ecole qui, en forgeant l’esprit critique, doit nous protéger de toutes les formes de tyrannie. Dès lors il n’y a rien d’étonnant à ce que cette dernière soit la cible prioritaire de toutes les formes d’obscurantisme.

Rien ne peut justifier que Samuel Paty ait perdu la vie hier, pour avoir voulu être fidèle à cet idéal républicain. Rien ne peut justifier les remarques lues ici où là. « Il aurait dû faire attention », « ce n’était pas très malin de montrer les caricatures »… Penser cela, c’est déjà céder face au fanatisme. La liberté d’expression au rabais, c’est brader nos valeurs républicaines. Alors non, rien ne saurait justifier l’innommable.

En 2001, alors jeune étudiant, et alors que je m’étais juré de ne pas être un modèle de reproduction sociale, j’ai choisi, comme mon père avant moi, par acte militant, de devenir professeur. Un acte militant, car je croyais et je le pense toujours, que c’est d’abord à l’Ecole que l’on lutte contre le déterminisme social, contre les inégalités de genre, que l’on forme les futurs citoyens éclairés de demain.

Au-delà du fanatisme d’une personne, cela fait trop longtemps que l’Ecole et les enseignants ne sont plus respectés. Vraiment longtemps, que l’Etat ne reconnait plus l’utilité sociale de la profession. Trop longtemps que l’on se permet de remettre en cause telle pratique pédagogique, ou tel contenu de cours, sans que ne nous soyons réellement protégés par l’institution.

Qu’elle me parait déjà très loin l’Education nationale où j’ai débuté en 2003. Celle encore un peu IIIème république, où les parents venaient vous remercier quand leurs enfants venaient d’obtenir leur baccalauréat, celle où vos élèves vous remerciaient de les avoir poussés à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Il est temps de réagir, cela fait bien trop longtemps qu’à travers la situation de ses services publics y a non-assistance à République en danger !

Mehdi Ben Lahcen, professeur de Sciences Économiques et Sociales et membre du Conseil d’administration de notre association 

Imprimer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.