L’enseignement français à l’étranger, le réseau culturel et la francophonie, fragilisés par la crise sanitaire

Durant la session de l’Assemblée des Français de l’étranger, les élus du groupe Français du monde, écologie et solidarité ont attiré l’attention de l’administration sur la situation difficile des établissements d’enseignement français, mais aussi des familles frappées de plein fouet par la crise. La situation du réseau culturel a également fait l’objet de recommandations.

La 33e session de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) vient de s’achever. Elle a eu lieu sous format hybride, en présentiel pour une petite trentaine de conseillers sur place et en audio ou vidéo-conférence pour les quelque soixante conseillers qui n’ont pas fait pas le déplacement. Ce format hybride était sans doute une gageure sur le plan technique puisque les conseillers vivent sur l’ensemble des fuseaux horaires. Les séances plénières et celles des commissions ont été tributaires des conditions mises à disposition par le Centre des Conférences ministériel, les horaires ont été malmenés, les connections étaient fragiles et souvent de mauvaise qualité, les espaces de travail sur place et des temps de travail se voyaient réduits…

L’enseignement français à l’étranger

Les membres de la Commission de l’enseignement, des affaires culturelles, de l’audiovisuel extérieur et de la francophonie qui ont pu siéger, ont porté leur attention particulièrement aux établissements du réseau scolaire, la crise sanitaire ayant fortement perturbé les établissements de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et de la Mission laïque française (MLF).

Dès janvier 2020, des établissements du réseau ont dû être fermés en Asie, premier foyer déclaré du virus, puis la quasi-totalité des établissements. Les réouvertures pour la rentrée scolaire ont été progressives. En septembre, la moitié des établissements ont repris les cours en présentiel, un tiers en « distanciel », les autres sous format hybride. Les effectifs sont globalement en baisse légère mais cela dépend des pays, d’autant que de nouveaux établissements se sont créés cette année et ont obtenu l’homologation, ce qui ne doit pas nous faire oublier qu’un seul élève perdu est un échec et une déception. Des établissements de petite taille souffrent davantage. Pays en crise économique et politique depuis plusieurs années, le Liban se trouve dans une situation dramatique, également aggravée par la terrible explosion du mois d’août à Beyrouth. Les établissements touchés perdent près de 4 000 élèves. Beaucoup de familles franco-libanaises qui ont tout perdu ou qui sont précarisées ont dû partir, certaines dans les pays voisins afin d’assurer la scolarisation de leurs enfants.

Khadija Belbachir-Belcaid, membre de la commission de l’Enseignement

Pour l’ensemble du monde, après de nombreuses demandes des élus, des parents d’élèves et des personnels, le Parlement a voté un plan de soutien dont la mise en œuvre est en cours. Une rallonge budgétaire de 50M€ pour les bourses scolaires a déjà été consommée en partie face à la dégradation de la situation de très nombreuses familles. 50M€ ont été, de plus, alloués au budget de l’AEFE qui se verra octroyer en outre des avances, remboursables sur douze mois, de France Trésor d’un montant de 50M€. Accorder des avances interroge sur les capacités de remboursement et nous avons donc insisté sur le risque qu’elles font peser sur les établissements en difficulté qui auront sans doute du mal à tenir les échéances, surtout si des projets immobiliers sont prévus.

D’autre part, les équipes pédagogiques et notamment les proviseurs ont eu à organiser l’enseignement hybride ou complètement « distanciel » par des modules et des cours en vidéo, ce qui suppose des équipements numériques adéquats pour enseignants et élèves et exclut assez les enfants de maternelle. Un effort de formation a été fait avec 90 000 actions de formation qui ont été mises en œuvre, selon l’AEFE. Pour les familles, la situation a aussi été très lourde à gérer, le dialogue étant là aussi primordial car la continuité pédagogique et la qualité de l’enseignement doivent être assurées dans des contextes locaux très variés. La Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger (FAPEE), principale fédération de parents d’élèves, a reconnu le travail réalisé par les équipes pédagogiques et les directions pendant le développement de la pandémie, même si l’hétérogénéité des outils utilisés a pu créer de l’incompréhension ; d’ailleurs les parents insistent pour la réalisation d’évaluations.

La MLF, de son côté, doit faire face à des pays en crise et touchés de plus par la crise de la Covid-19, comme le Liban, mais elle entend poursuivre sa mission dans le difficile contexte en veillant à assurer ses financements et en s’engageant pour le développement de ses offres pédagogiques. Elle aussi bénéficiera d’aides publiques.

Pascale Seux, membre de la commission de l’Enseignement

La question des bourses scolaires pour les familles

Sur l’importante question des bourses scolaires, rappelons que celles-ci sont accordées aux élèves français sur critères sociaux. Elles sont d’abord étudiées par les Conseils consulaires des bourses (CCB). Dans le cadre de la crise sanitaire de la Covid-19, les postes consulaires ont préféré, cette année, avoir recours à l’audio ou à la visio-conférence. Or, ce mode de travail impacte fortement la qualité des échanges entre les membres participants des CCB. Il en sera de même pour les prochains CCB d’octobre et novembre. Impact sur l’accessibilité en amont aux dossiers de demandes par les membres des conseils, impact sur le traitement éclairé des dossiers lors de la tenue à distance des réunions des conseils en application du Règlement général sur la protection des données. Concilier prudence dans la communication numérique et efficacité des travaux de ces instances est un équilibre bien instable. De plus, les demandes de bourses scolaires sont en hausse sensible cette année et des aides exceptionnelles seront encore nécessaires, mais le nombre de nouvelles demandes a été relativement faible rapporté à la population française scolarisée et aux quelque 24 000 familles déjà boursières. Pour les frais couvrant la fin de l’année scolaire 2019-2020, seulement 2 085 boursiers ont obtenu une aide supplémentaire d’un montant de 1,5M€, ce qui laisse supposer que des aides seront encore demandées en fin d’année.

Lors de cette session, une riche coopération avec la Commission des finances et du budget a présidé les travaux de notre Commission de l’enseignement puisque trois résolutions communes ont pu être préparées et adoptées par l’AFE : la première pour la hausse des crédits des bourses scolaires, afin de pouvoir répondre aux besoins générés par la crise sanitaire ; la deuxième pour un dispositif sécurisant de garantie des emprunts par l’État pour les projets immobiliers des établissements conventionnés et partenaires de l’AEFE ; la troisième pour une meilleure lisibilité stratégique de programmation et un élargissement du champ d’application du dispositif de subvention STAFE aux dépenses de fonctionnement pour le réseau culturel et les Alliances françaises.

Nous avons une nouvelle fois interrogé l’AEFE sur le faible montant de l’enveloppe consacrée au programme FLAM, qui aide dans nos pays non francophones les associations de soutien au français dans le domaine périscolaire, et, même si cette année, les crédits remontent à leur niveau de 2017 (550 000 €), le dispositif reste bien fragile pour jouer un rôle plus utile encore dans la constellation culturelle et pédagogique du réseau scolaire.

Chantal Picharles, membre de la commission de l’Enseignement

Le réseau culturel

Quant au réseau culturel, toujours en souffrance, il perd encore 2 M€ dans le projet de budget mais devrait voir sa stratégie numérique renforcée. Une audition a été consacrée à l’Alliance française. Il existe 837 Alliances françaises dans 132 pays, des associations de droit local, qui coopèrent avec l’Institut français et le MEAE mais certaines sont menacées directement dans leur existence par la crise actuelle, y compris en France alors qu’elles accueillent de nombreux étudiants étrangers. Actuellement, aucun ministère ne se sent concerné malheureusement ! La Commission a demandé, grâce à une résolution adoptée en séance plénière, qu’une attention leur soit accordée car il y va de l’influence culturelle de notre pays et de sa politique linguistique. Comment les préserver sans concertation pérenne et donc sans réels moyens ?

L’égalité femmes-hommes à l’honneur

L’AEFE a par ailleurs annoncé une plus grande visibilité pour les femmes dans le réseau et la mise à disposition d’un kit de communication lien vers l’égalité professionnelle. Ainsi, la 4è Semaine des lycées français du monde aura pour thématique « Citoyennes et citoyens, égaux et solidaires : une éducation française pour relever les défis de demain« . Deux objectifs sont retenus pour 2021 : la réalisation du 1er plan d’action de l’AEFE égalité femmes-hommes et le dépôt d’un dossier de labellisation AFNOR « égalité professionnelle femmes-homme ». Des actions que la Commission a unanimement saluées.

Philippe Loiseau, conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger

Les rapports des commissions seront bientôt consultables sur le site de l’AFE (cliquer ici) 

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Commentaires

  1. On parle des bourses pour élèves, fondamentales en effet, mais qu´en est-il de la précarité des contrats locaux dans les lycées français du monde ? Des enseignants qui, comme moi, avons travaillé sur toute l´année scolaire 2019/2020 et n´avons pas été rémunérés pendant les deux mois d´été sous prétexte de la fin du remplacement assuré au 30 juin ?

  2. Nous profs. de FLE sommes dans la précarité, et pourtant nous défendons la langue française à l’étranger, on aime notre métier, mais nous trouvons que ce métier n’est pas assez valorisé! Et pourtant nous travaillons dans le cadre de la coopération…..bien souvent certains profs. de FLE changent de métier.
    Quel dommage!

  3. J’aimerai savoir sur quels critères reposent le refus des autorités consulaires aux demandes de bourses pour des enfants français. Nous n’avons jamais dansé de bourses ou d’aides, mais lorsqu’on en a eu besoin cela nous a été refusé malgré nos explications et les pièces justificatives actives. De plus ces décisions sont discrétionnaires. Quels recours avons nous.
    Puis je avoir une réponse. Merci.

  4. Précisément: j’ai envoyé les papiers pour la Bourse pour que mon fils puisse continuer son éducation française, tout ça à Cause de le Pandémie… je n’avais jamais appliqué car j’avais un travail stable, mais cela fait maintenant sept mois que je suis sans travail, (Et il n’y a malheureusement pas d’espoir à court terme…), donc pour pouvoir payer les frais d’inscription, el les mensualités, j’ai du emprunter ayant l’espoir que le consulat en Colombie tiendrait en compte tout cela…. mais hélas la réponse, comme ils ont mené mon cas: mon fils ne qualifie pas à la bourse car l’année dernière nous étions bien… ILS NE PRENNENT PAS EN COMPTE LE BORDEL FOUTU PAR LE COVID AUJOURD’HUI!… donc le résultat : j’ai du m’endetter encore plus pour que mon fils puisse continuer son éducation… où sont donc pris en compte les droits fondamentaux de mon fils? Le droit à son étude ? Cela était pourtant une valeur fondamentale de l’état français… helas: dirigés par des gens QUI NE SONT PAS DANS LA MOUISE…

  5. Pourquoi la situation précaire des Instituts Français et surtout des enseignants des Instituts n’est -elle jamais mentionnée? Les professeurs vacataires risquent de perdre leur emploi.
    Pourtant ils diffusent la culture française tout autant que leurs collègues des AF?

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