Celles et ceux venu·es d’ailleurs : ne les oublions pas durant la pandémie…

Les dernières estimations officielles du gouvernement chilien parlent de 1,5 million de personnes étrangères, qui résident au Chili. La communauté étrangère la plus nombreuse est la communauté vénézuélienne (30%) comme l’année dernière, suivi par le Pérou (15,8%), Haïti (12,5%), la Colombie (10,8%) et la Bolivie (8,0%)[1].

Tous s’accordent sur le fait que ces chiffres sont historiques pour le Chili depuis le retour de la démocratie. Mais c’est une estimation qui laisse dans l’ombre des centaines de femmes et d’hommes qui sont entré·es au Chili par la frontière nord de manière irrégulière ou clandestine. Elles et ils sont passé.es par « la trocha » (« les chemins de traverse »), comme le disent nos ami·es vénézuélien·nes. Le Chili représente pour beaucoup de personnes migrantes et refugiées un « oasis » politique, social et économique dans un continent malmené par la pauvreté, la violence, la corruption et les conflits.

Un « El Dorado » moderne qui peut se révéler une course d’obstacles. En raison de la pandémie de Covid-19, le cœur lourd, certaines et certains décident alors de repartir et de retourner dans leurs pays d’origine. On a toutes et tous vu à la télévision ces images de ressortissant.es Vénézuélien·nes, Péruvien·nes ou Bolivien·nes campant à Santiago devant leurs respectives ambassades. Plus d’emplois, plus de quoi se nourrir, plus de quoi payer son loyer, tout s’écroule et la seule voie de secours est alors de retourner dans le pays d’origine. Mi-juillet, la Cour Suprême a confirmé une décision de la Cour d’Appel de Santiago et c’est un réel revers pour le gouvernement chilien[2]. Les programmes humanitaires de retour, qui font partie intégrante de la reforme migratoire lancée par le gouvernement de Sebastian Piñera en avril 2018, ne peuvent pas s’accompagner d’une interdiction de revenir au Chili durant neuf années, comme cela avait été appliqué en 2018 pour le retour des ressortissant·es haïtien·nes.

La Covid-19 ne discrimine pas. Pourtant, son impact n’est évidemment pas le même pour tout le monde. Les membres de notre communauté française au Chili ne sont pas touché·es de la même manière, et il en est de même pour le reste des autres communautés étrangères. La Covid-19 ne discrimine pas mais elle renforce les inégalités sociales et économiques.

Je suis amenée tous les jours à recevoir et écouter des appels au secours de personnes migrantes ou réfugiées. C’est pour moi une manière de m’approcher d’une réalité ou plutôt d’une multitude de réalités, qui ne sont pas à la une des journaux ni dans les « matinales » de la télévision chilienne. Imaginez-vous un instant, vous venez d’avoir un bébé, mais vous n’avez pas de couches et pas un accès régulier à l’eau potable, vous êtes seule dans le plus grand dénouement. Pas de famille ou de réseaux d’ami·es au Chili. Ou alors, vous avez 73 ans dans une ville du nord, vous habitez avec votre fille de 52 ans, qui est au chômage depuis plusieurs mois. Comment allez-vous continuer à payer votre loyer ? Ou alors, vous êtes père de trois enfants, sans travail depuis des mois, et vous recevez des menaces incessantes de votre propriétaire car vous êtes en retard pour payer le loyer. Ou encore vous recevez régulièrement des coups de votre partenaire mais le confinement, l’isolement et le dénouement rendent impossible la séparation. Toutes ces situations, des milliers de Chiliennes et de Chiliens la vivent, mais c’est aussi la réalité pour de nombreuses personnes étrangères au Chili.

Je suis souvent impressionnée par le courage et la résilience des personnes migrantes et refugiées avec qui je discute. Souvent nos échanges sont brefs, mais le seul son de leur voix est révélateur, pour moi, de leurs luttes quotidiennes, du chemin parcouru, des rêves brisés et de l’espoir qui perdure. Ils m’apprennent chaque jour la patience, l’importance de l’écoute et le respect à la différence. Leurs histoires et leurs stratégies de survie sont une source inépuisable pour moi de force et d’espoir. Toutes et tous, sans exception, remercient notre travail d’une manière ou d’une autre, même si l’aide est minime et souvent insuffisante.

Le Chili a une chance incroyable de devenir une terre d’accueil pour tant de personnes venues d’ailleurs. Tout le monde ne sera pas, bien entendu, d’accord avec moi, c’est juste une conviction personnelle. Un Chili divers et pluriel est, sans nul doute, un pays où il fait bon vivre.

Texte de Rébecca, Française résidente à Santiago.

[1] https://www.ine.cl/prensa/2020/03/12/seg%C3%BAn-estimaciones-la-cantidad-de-personas-extranjeras-residentes-habituales-en-chile-bordea-los-1-5-millones-al-31-de-diciembre-de-2019

[2] Rol N° 79.243-2020; https://www.publimetro.cl/cl/noticias/2020/07/14/corte-suprema-ilegal-prohibir-volver-chile-migrantes-se-acogen-al-retorno-humanitario.html

 

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