Christian Pialot, 27 ans au Cameroun

Christian Pialot et son épouse

Envoyé au Cameroun par l’Eglise de Nîmes comme missionnaire en 1989, j’ai été totalement immergé, souvent seul français, au milieu d’un peuple camerounais accueillant et d’une fraternité sacerdotale différente de celle que j’avais laissée en France.
Pendant 10 ans, avec l’Eglise catholique, j’ai été totalement au service des jeunes et des adultes des mouvements d’Action Catholique.

Laissant les théories pour les prêches et prenant une poignée de jeunes dans ma R4, j’ai opté très vite pour créer « entre eux, par eux et pour eux » dans les grandes villes du pays et dans certains diocèses ruraux :
– des petites structures de formation solidaire en direction des « sortis des bancs », les déscolarisés ;
– des petites unités de remise à niveau (comités chômeurs, comités apprentis)
– des groupes de jeunes handicapés compétents en sculpture, couture, peinture artistique ;
– des GIC (groupe d’initiative commune) pour améliorer, en rural, les cultures, et en créer d’autres.
Certaines de ces structures tiennent bon encore aujourd’hui à Douala, Edéa, Yaoundé et Maroua.

J’ai vécu cette période en y étant « témoin » et « acteur » : le renvoi culturel à mes racines, à mon histoire, m’a appris à témoigner de ce qui est fondamentalement identique dans toutes les préoccupations vitales et religieuses des hommes. Leurs cultures les font s’exprimer différemment, mais les urgences de la vie, de la survie, les font se rejoindre vers des essentiels existentiels qui dépassent et subliment les particularismes.

Avril 2000, juin 2013 – Cette période va me faire passer du « dire français », au « faire français » et découvrir le monde de l’expatriation.
Marié avec la secrétaire nationale de la JOC (jeunesse ouvrière catholique), sorti de la cléricature, je me suis mis à chercher un travail. L’ironie du sort et la bonté de la Vice-consule de l’époque ont voulu que je trouve comme premier travail, pendant trois mois, un poste en création de « premier filtre » au service des visas au Consulat de France à Yaoundé. Moi ! un filtre entre deux communautés! Et me voilà pris en sandwich entre des Camerounais que je connaissais plutôt bien et une administration française à l’étranger que j’ignorais !

Après cette entrée « en casse tête » dans le monde de l’expatriation par mon passage au Consulat, me voilà à l’école française, bibliothécaire à la BCD. J’ai recommencé à apprendre… m’appuyant sur mes bases pédagogiques et ma connaissance des enfants français ou camerounais, blancs ou noirs… cela m’a été un peu plus dur pour les métis !
Par les instits, par les parents d’élèves, par les services du Consulat, j’ai peu à peu découvert les cercles de relations, les rouages institutionnels et les soubassements de la communauté française locale.

Le social m’a fait alors découvrir l’ADFE, devenue Français du Monde.
J’y suis allé sur la pointe des pieds et m’y retrouve rapidement secrétaire de section, puis Vice-Président et même Président. J’y ai trouvé des gens qui ont des convictions semblables aux miennes du point de vue politique, social et culturel. Certains sont très soucieux des problèmes des binationaux : problèmes de vie en mixité avec les familles camerounaises, problèmes financiers après avoir vécu des années faciles, problèmes administratifs, particulièrement pour l’avenir de leurs enfants métis.
Collégialement, avec un bureau de section très solidaire, nous donnions (et ça perdure) une image de la France et des Français de plus en plus « sympa » à Yaoundé, grandissant en nombre d’adhérents.
Aujourd’hui, je continue encore, avec mon épouse, un rôle de conseil auprès des couples binationaux comme nous, auprès des compatriotes séniors qui vivent des problèmes de santé, de prise en charge sociale, de réversion de retraite ou tout simplement d’isolement et de manque d’informations. Il y en a plus que ce que l’on croit, d’autant que, souvent, ils ne sont pas enregistrés au Consulat.

En 2013, ma fibre sociale et mes engagements en direction des œuvres sociales du Cameroun m’ont conduit, avec l’appui de mon épouse, à créer une association qui soit un peu la continuité de ce que je faisais avec l’Eglise, l’association pour l’auto-emploi des jeunes (APAJ).

En parallèle avec ce tissu relationnel français, avec mon expérience, l’ouverture, dans notre concession, d’un centre social d’appui à l’installation professionnelle (CASIP) des jeunes m’a fait découvrir le maillage des structures internationales de coopération et d’aide au développement, dont font partie les institutions françaises. Notre but est de former des jeunes avec une technologie de qualité dans les métiers de couture, de coiffure, de soins esthétiques, de métallerie, d’électricité industrielle et d’informatique. Notre but est aussi de les aider à trouver des débouchés ou à créer leur auto-emploi.

Nous portons à bout de bras ces deux œuvres, mais jusqu’à quand ??
L’espoir d’un rebond avec les nouvelles orientations des politiques en direction de la formation professionnelle dans nos pays nous laissent espérer… mais, pour le moment, ce ne sont que des bonnes intentions… !
Espérons tout de même.

Pour terminer ce témoignage, je dirai ceci : venu au Cameroun pour « trois ans non renouvelables », me voilà Français à l’étranger pour longtemps encore et… heureux d’y être.

Christian Pialot

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