Mikel Orue et Brigitte Saiz, Venezuela

Nous sommes tous deux nés à Caracas, au Venezuela, de mère française et de père espagnol. Anciens élèves du Lycée français de Caracas, nous avons pratiquement passé toute notre vie dans ce pays sauf pour la poursuite de nos études supérieures (Mikel à Toulouse et Brigitte à Madrid). Malgré la distance, notre attachement à l’Europe et en particulier à la France et à l’Espagne demeure très fort.
Brigitte est cadre dans une société pétrolière norvégienne. Mikel est directeur administrateur et financier au Lycée français de Caracas.

En 2007, avec plusieurs collègues et connaissances, nous décidons de donner une nouvelle vie à la section Français du monde-adfe Venezuela. Nous ne sommes pas nombreux mais travaillons pour tous les Français sans faire de distinctions. Nous menons des activités ponctuelles telles que le prêt gratuit de manuels scolaires aux élèves, l’assistance pour des rapatriements…

Cependant, au vu de la situation économique et politique du Venezuela, de nombreux concitoyens approchent Brigitte, qui est conseillère consulaire élue, pour un éventuel retour en France et/ou pour se renseigner sur les aides financières éventuelles qu’ils pourraient obtenir du gouvernement français. De nombreux Vénézuéliens descendants de Français la consultent pour se renseigner sur les démarches à suivre afin d’obtenir la nationalité française et partir en France ; la plupart ne parlent pas la langue de Molière, mais leur désespoir et désarroi sont grands.

En effet, le Venezuela traverse une profonde crise politique et économique. Le pays, potentiellement le plus riche d’Amérique du Sud jusqu’au milieu des années 80 et l’une des plus solides démocraties du continent depuis 1958, est en faillite ! La corruption et les inégalités sociales ont toujours été à l’ordre du jour. A cette époque, le baril de pétrole coutait environ 9 dollars, mais il atteindra rapidement 150 dollars au cours des années suivantes. Cela représente une immense rente pétrolière, qui a été gaspillée et spoliée au cours des 20 dernières années. Certes, une partie de cette rente a été distribuée aux Vénézuéliens, en particulier avec un plan de construction de logements (dont le gouvernement a quand même gardé les titres de propriété) et en s’efforçant d’ériger une médecine de proximité surtout dans les quartiers pauvres des grandes villes (cet effort n’a pas abouti et n’existe pratiquement plus aujourd’hui…). Mais la majorité de la rente pétrolière s’est retrouvée dans les comptes bancaires d’une nouvelle classe de riches qu’on a appelé la « Boliburguesía », c’est-à-dire des membres ou personnalités proches du régime, aujourd’hui pour beaucoup sanctionnés individuellement par les États-Unis d’Amérique, l’Union Européenne et le Canada.

Que reste-t-il en décembre 2018, 20 ans après la première élection de M. Chavez ? Un Etat failli avec :
– un prix du baril de pétrole de 60 dollars et une production qui est passée de 3,1 millions de barils en 1998 à 1,13 million en novembre 2018 ;
– une hyperinflation galopante qui, selon les spécialistes économiques (le gouvernement ne publie plus de statistiques économiques depuis fin 2015), pourrait dépasser les 2 millions pour cent en 2018. Ce phénomène est devenu un couperet pour l’activité industrielle et sociale du pays, et risque à moyen terme de porter même atteinte à la stabilité économique d’institutions telles que le Lycée français ;
– une crise humanitaire sans précédent avec pénuries de médicaments, alimentation et services publics, malgré la distribution périodique de sacs avec quelques denrées alimentaires et produits d’hygiène de base (exclusivement aux sympathisants du régime ayant le « carnet de la Patria », une carte à puce de rationnement et de contrôle social très efficace). Les malades du VIH, du cancer ou ceux qui ont été transplantés ne trouvent plus les médicaments dont ils ont besoin et sont condamnés à mort.
– la mise hors la loi de la plupart des grands partis politiques opposants au gouvernement, ce qui ne leur a pas permis de présenter de candidat pour l’élection présidentielle de mai 2018, élection qui reste cependant contestée par de nombreux pays.

Dans ce contexte, aucun avenir pour nos jeunes (notre fils est parti en France, il y a 11 ans, pour poursuivre ses études supérieures, et y est resté comme beaucoup d’autres…). Entre 8 et 10% des Vénézuéliens ont quitté le pays depuis 3 ans, souvent à pied et sans moyens financiers. Les destinations privilégiées sont la Colombie, le Brésil, l’Équateur, le Pérou, le Chili, l’Argentine mais aussi l’Europe (Espagne, Italie, Portugal…). Certains spécialistes économiques pensent que l’exode risque de s’accentuer en 2019.

Nous sommes convaincus que le Venezuela possède toujours un énorme potentiel, mais sans changement de cap, il est impossible que le pays retrouve un semblant de prospérité. Il restera sûrement comme un cas d’étude de ce qu’il ne faut pas faire en matière économique et politique.

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