Eduquer à la santé – la chronique de Solidarité Laïque #9

Déjà quatre années ! En janvier 2010, une catastrophe ravageait Haïti. Sa population souffre en de nombreux domaines…

Hygiène scolaire

Une évaluation récente réalisée en 2010 dans les écoles de Port-au-Prince montre que 72% des écoles visitées n’ont pas d’installations sanitaires adéquates, ou sont mal entretenues. Dans 83% des écoles, les pratiques d’hygiène sont insuffisantes, notamment le lavage des mains après l’utilisation des toilettes. Toutefois, la question de la santé scolaire a été limitée à des projets isolés de construction de latrines et des campagnes de déparasitage. Ces efforts consentis n’ont pas été soutenus par une vision à long terme contribuant à garantir un environnement scolaire sain et durable.

L’éducation à la sexualité

Sur les 22 000 écoles existantes en Haïti, 40% seulement ont une installation sanitaire et dans beaucoup de cas inadéquate.
Un constat cruel peut être synthétisé en ces quelques chiffres :

• Seulement 32% des femmes de 15 à 24 ans ont une connaissance « complète » de l’éducation sexuelle et des maladies vénériennes, telle que le SIDA.
• 16% des femmes enceintes reçues dans les centres de santé ont moins de 15 ans.
• 0.2% d’entre elles ont eu déjà plus de trois accouchements antérieurs.


D’où les objectifs d’un programme santé de Solidarité Laïque :

Il s’agit d’apporter aux professeurs, parents d’élèves et élèves, en partant de leurs représentations et de leurs acquis, les informations objectives et les connaissances scientifiques qui permettent de connaître et de comprendre les différentes dimensions de la sexualité. A partir de cette base, il faut susciter leur réflexion à partir de ces informations et les aider à développer des attitudes de responsabilité individuelle, familiale et sociale.

Les actions réalisées ou en cours concernent la formation à l’Éducation à la Sexualité et à la vie affective en Juin 2013 d’une part, et la création d’un projet de santé collectif au sein de deux lycées de Port-au-Prince en partenariat avec un collège de la Guyane avec l’appui de la MGEN.

 

Louis Emerson Jocelyn témoigne.

Professeur de Mathématiques au lycée Cent cinquantenaire de Port au Prince, Louis Emerson Jocelyn a voulu s’inscrire dans le projet et explique pourquoi : « La sexualité en Haïti est en général toujours un tabou. Les discussions autour de ce thème sont très rares, et quand elles existent, elles sont toujours passionnelles. Je voulais participer à des réunions rationnelles ou nous pouvions parler librement. En plus des informations « scolaires » que nous avons reçues de la part des deux formateurs très dynamiques, nous avons pu échanger entre professeurs, et c’est très rare. »

Il a été bénéficiaire direct de la formation. Son regard a changé: « Je souhaitais avoir le maximum d’informations pour corriger des idées préconçues. Prenons l’exemple de
l’homosexualité, avant de participer à ces journées, je ne me sentais pas très bien à l’idée d’être en présence d’homosexuels. Je vois dorénavant les homosexuels d’un autre œil, je suis plus ouvert, je ne critique plus les gens différents de moi. Il faut les respecter.»

Son engagement d’enseignant citoyen s’est affirmé : « Cette formation m’a permis d’être plus sûr de moi. Ainsi, lors de mes cours, j’essaye une fois tous les 15 jours de prendre une heure pour parler des questions de la sexualité avec mes élèves. Avant, j’avais peur de la réaction des parents élèves et du directeur. Avec un taux de contraception si bas et un VIH si présent en Haïti, c’est mon devoir de citoyen d’informer du mieux que je peux mes élèves. »

Il milite désormais pour faire évoluer les programmes : « Sans les cours sur la sexualité, les enfants resteraient livrés à eux-mêmes. Sachant que dans la majorité des familles cela reste un tabou, l’école serait l’endroit idéal pour le faire. Il faut que ces cours puissent rentrer dans les programmes officiels ».

 

Dominique Thys
Président de Solidarité Laïque

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