Notre histoire
Le temps des fondateurs
C’est à l’initiative d’une poignée de militants et de personnalités très proches de François Mitterrand, alors Premier Secrétaire du Parti Socialiste, que l’ADFE voit le jour en novembre 1980. Leur projet : s’appuyer sur la montée des forces de gauche en France pour créer enfin une organisation représentative de tous ceux qui se sentent ignorés par les réseaux de notables traditionnels des communautés françaises expatriées. Etienne Manach’, premier ambassadeur de France en République populaire de Chine de 1969 à 1975, personnalité de gauche sans attaches partisanes, en accepte la présidence d’honneur. La victoire du 10 mai 1981 va donner une impulsion décisive.
Dès 1982, le gouvernement d’union de la gauche instaure l’élection au suffrage universel des délégués au Conseil Supérieur des Français de l’Etranger : l’ADFE disposera rapidement d’un groupe dans cette assemblée (aujourd’hui Assemblée des Français de l’Etranger) et étend rapidement son réseau de sections locales dans plus de 70 pays (leur nombre atteignant la centaine aujourd’hui). Cette période se clôt avec l’adoption de la Résolution de Cachan le 2 septembre 1984, véritable charte des objectifs de l’association : défense des droits sociaux, information et animation de chaque communauté française, représentation auprès des autorités françaises diplomatiques et consulaires. Enfin, l’ADFE est reconnue d’utilité publique en 1986.
L’action de l’ADFE-FdM pour les Français à l’étranger
Les enjeux de notre action se fixent dès les premiers mois de travail avec le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Claude Cheysson ; le rythme sera donné par les étapes de l’alternance politique en France et par l’élection successive de trois sénateurs de gauche représentant les Français établis hors de France.
Un chantier capital : les droits sociaux. L’ADFE-FdM joue un rôle décisif dans la création en 1984 des Comités consulaires pour la protection et l’action sociale (CCPAS), instituant la solidarité nationale là où il n’y avait que la charité plus ou moins intéressée des sociétés de bienfaisance. De même, elle est à l’origine de la loi dite Bérégovoy (1984), ouvrant la protection sociale à de plus larges catégories de cotisants au sein de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) Depuis, elle s’attache avec constance à obtenir la création de tranches de cotisations plus basses à la Caisse des Français de l’Etranger, avec l’objectif toujours actuel d’une protection pour tous. Presque à la même époque, intervient à son initiative la création des Comités consulaires pour l’emploi et la formation professionnelle.
Une action de longue haleine : le droit à un enseignement accessible et de qualité. Dès 1982-1983, nous obtenons un élargissement et une démocratisation des commissions locales et nationales des bourses scolaires, et l’instauration de règles générales visant à une plus juste répartition des crédits entre les consulats en fonction du profil moyen des familles concernées. Puis c’est, en 1990, la création de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et l’amélioration notable des conditions de rémunération des personnels titulaires recrutés localement. La question du coût des études, en revanche, reste posée pour les enfants non boursiers des familles de la classe moyenne dans les pays à bas niveau de vie, ou à scolarité très chère (par exemple, les Etats-Unis).
Sur tous ces dossiers techniques, aussi bien le Bureau national que les représentants et élus de l’ADFE-FdM siégeant dans les commissions du CSFE ou au sein d’autres organismes tels que la CFE ou l’Association pour la formation professionnelle française à l’étranger (AFPFE) acquièrent peu à peu l’expertise nécessaire, faisant reculer la condescendance initiale de nos interlocuteurs et des cabinets ministériels.
Un combat nouveau : les droits des étrangers. De 1986 à 1988 puis de 1993 à 1997, l’ADFE fait l’expérience de l’action en situation d’opposant. Face à une droite talonnée par la montée du Front National, elle rejoint le combat contre la nouvelle politique à l’égard des étrangers, qu’il s’agisse des expulsions sans procédure judiciaire, de la réforme du code de la nationalité ou de la politique des visas. Dès la victoire de la droite aux élections législatives de 1986, Edith Cresson, - qui vient de succéder à Louis Périllier à la présidence de l’ADFE - demande une audience au nouveau ministre des Affaires étrangères. C’est là un nouveau champ d’action pour l’ADFE qui compte dans ses rangs beaucoup de familles binationales. Elle y approfondit sa ligne d’indépendance, y compris à l’égard de responsables politiques et de formations partageant sa sensibilité de gauche.
Autre urgence des années 90 : les rapatriements de compatriotes en provenance de pays secoués par la violence en Afrique, au Moyen Orient, en Haïti. L’ADFE et nos sénateurs s’efforcent d’aider et de conseiller, mais le décalage est parfois accablant entre ce qu’il faudrait faire et ce que nos moyens nous permettent de faire. Parmi tant de détresses, celle des Français d’Algérie doit être soulignée : une insertion difficile en France pour les uns, la menace constante sur la vie et les biens de milliers de binationaux restés sur place.
Enfin, l’ADFE se trouve au cœur du processus pour l’élection des douze sénateurs représentant les Français établis hors de France dont les grands électeurs sont les conseillers élus à l’AFE. Jean-Pierre Bayle est élu sénateur en 1983, suivi de Guy Penne en 1986 (réélu en 1995) et de Pierre Biarnès en 1989 (réélu en 1998). En 1992, Monique Cerisier ben Guiga succède au sénateur sortant Jean-Pierre Bayle et est réélue en 2001. En 2004, Richard Yung est élu à la suite de Guy Penne qui ne se représentait pas. En septembre 2008, Claudine Lepage fait son entrée au sénat succédant à Pierre Biarnès non candidat à sa propre succession.
Certes, la droite reste à ce jour très majoritaire chez les sénateurs de l’étranger, comme à l’AFE, grâce à un dispositif électoral qui lui est favorable. Mais les progrès de l’ADFE-Français du Monde sont réguliers. Elle dispose, en 2008, de 51 élus dans cette assemblée.
Le magazine « Français du Monde »
“Français du Monde” est né avec l’ADFE. Constituée en 1980 pour combler un vide, l’ADFE a besoin de se faire rapidement connaître avant des échéances que l’on devine décisives : élections présidentielles de 1981, élections CSFE de 1982. Le meilleur moyen, c’est un journal, ce sera “Français du Monde”.
Le premier numéro paraît en novembre 1980. Il s’adresse à “tous les Français dans le monde”. En guise d’éditorial, un simple “appel”, et déjà l’exigence essentielle: “Nous sommes 1.300.000. Nous sommes Français. Nous vivons à l’étranger (…). Nous sommes une force (…). Français à l’étranger, nous voulons être Français à part entière !”
Le beau titre du journal est trouvé, le slogan de l’ADFE aussi, ils ne changeront pas. Le premier sujet abordé donne le ton par son titre-choc : “Enseignement à l’étranger : un budget de misère”. Dès le numéro 2, l’accent est mis sur ce qui va rester primordial : l’enseignement, la protection sociale. Dans un remarquable éditorial, Etienne Manach’, ambassadeur de France et président d’honneur de l’ADFE, inaugure le dialogue avec nos compatriotes lointains : “Je sais quelles sont les satisfactions que donne le séjour en terre lointaine, cette ivresse que procure l’élargissement soudain des monotones horizons, la joie de l’aventure et de la découverte, l’enrichissement de l’esprit au contact de nouvelles cultures, la fierté de représenter dans les périphéries éloignées une vieille nation toujours jeune… Mais je sais aussi quels sont les soucis et les servitudes de l’exilé : la séparation de la famille, les difficultés de l’adaptation à une société différente, les problèmes de la scolarisation et de la santé des enfants, et cette solitude qui, dans certains pays totalitaires, mène parfois les plus faibles jusqu’à la dépression nerveuse”. Les réponses ne tardent pas. Le numéro 3 publie la liste des 17 premiers correspondants dans les cinq continents, le numéro 4 voit fleurir un “courrier des lecteurs” et fait le premier point sur la francophonie.
En juin 1981, Gérard Jacquet, président de l’ADFE, salue dans son éditorial l’élection de François Mitterrand. Le journal publie un message du nouveau Président aux Français de l’étranger et pose les problèmes des doubles nationaux. Puis, devenu mensuel à partir de ce cinquième numéro, il va, en quelques mois, faire le tour des secteurs sensibles : la couverture sociale des expatriés (”plus qu’une nécessité, un droit”), les entreprises à l’étranger (n°6) ; la scolarisation (n°8) ; les femmes à l’étranger (n°9) ; le CSFE (n°12)… Avec, chaque fois, la présentation des propositions novatrices de l’ADFE qui, vont faire peu à peu leur chemin.
L’ADFE-FdM au XXIème siècle
En l’an 2000, l’association a fêté ses vingt ans. Un peu partout dans le monde, les sections ont organisé des fêtes et à Paris, l’Assemblée générale a été marquée par une manifestation conviviale, où les anciens côtoyaient les nouveaux. Ce début de siècle fut également l’occasion d’une évolution dans son appellation : ADFE – Français du Monde, qui illustre mieux son objectif d’universalisme et de solidarité entre les Français partout dans le monde. Cette évolution est parvenue à son terme puisque l’Assemblée générale de août 2007 a décidé de nommer l’association Français du Monde – ADFE.
Au cours de ces dernières années, notre action s’est illustrée, notamment, par une large contribution à la réforme de la CFE qui a enfin admis le principe d’une solidarité nationale réellement étendue hors des frontières ou encore par son implication dans la réflexion qui a mené à la réforme du CSFE. Dans d’autres domaines, dès le lancement du programme Français Langue maternelle (FLAM) en 1999-2000, l’association, à travers ses sections locales, a encouragé son développement dans de nombreux pays et a œuvré avec succès pour la création des comités consulaires de sécurité. Plus que jamais, l’ADFE-FdM apparaît comme une force de proposition, et d’action, elle continue à œuvrer de la même façon, avec la même vigilance et la même impulsion pour faire progresser les droits des Français établis à l’étranger.
En 2007, la mise en route d’un nouveau site internet, plus moderne, fonctionnel et interactif, la mise en ligne d’une lettre d’information (diffusée à nos adhérents et aux abonnés toujours plus nombreux), un partenariat avec la Maison des Français de l’Etranger, et notre implication particulière dans quatre domaines prioritaires (l’éducation à l’étranger, la coopération culturelle et l’aide au développement, les droits humains et l’évolution climatique et l’environnement) sont autant de gages de notre souhait d’aller de l’avant pour toujours mieux vous informer et défendre vos intérêts.
