Norvège : Wives d’Anja Breien

Wives (Hustruer) – Anja Breien

Editions  Malavida

http://www.malavidafilms.com/dvd-wives-344.html

 

Se replonger dans le cinéma des années 1970, un cinéma politique, engagé dans les combats féministes d’alors, découvrir l’œuvre d’Anja Breien, auteur de courts et longs métrages qui, avec son style particulier, incisif et plein d’humour, a lancé la nouvelle vague norvégienne… c’est à ce voyage un peu déconcertant qu’invite le film Wives !

Tout commence par une fête, comme souvent dans les films de la cinéaste ; ici, la réunion d’anciennes élèves autour de leur institutrice, 15 ans environ après avoir passé une année dans la même classe.  Elles sont devenues femmes au foyer, avec ou sans enfant encore, toutes sauf Heidrun qui se dira la « révoltée du foyer »… Telle a fait des études puis s’est mariée, telle autre a travaillé puis a fondé un foyer… Au-delà des mots, des photos montrées, des poèmes récités, une discrète frustration apparait, l’ennui et aussi le sentiment d’être piégée par le travail domestique et les enfants, et puis comme dit l’une d’elles : « après 30 ans la valeur marchande des femmes baisse. »

Trois d’entre elles, Mie, Kaja (enceinte de 6 mois au moins) et Heidrun partent se promener comme en récréation. La parole se libère, leurs habitudes de femmes bien rangées s’estompent. Liberté des mots et des corps, prise de conscience progressive : elles parlent de leur couple, l’amour (ou ce qu’il en reste) n’empêche pas le sentiment d’être exploitée au quotidien.  La balade devient échappée belle, escapade dans un environnement urbain, fugue du quotidien : Mie trouve une solution pour faire garder les enfants, Heidrun se fait passer pour malade auprès de l’employeur, Kaja passe chez sa mère chercher un peu d‘argent. Car le nerf de la guerre leur fait vite défaut, les discussions pour régler ce manque d’argent égrèneront leur périple.  Elles se « lâchent » peu à peu, de bar en bar, avec nombre de bières et de cigarettes, se font draguer par deux photographes, draguent à leur tour motards et passants, s’amusent… L’appartement de l’amant de Mie devient refuge, Heidrun, venue chercher sa paie, se fait renvoyer par son employeur à cause de ses absences, et puis c’est le départ en bateau vers un ailleurs, et pour continuer à faire la fête. Mais le réel, sous la forme d’un avis de recherche lancé par le mari de Kaja, se rappelle à elles : dispute, mots durs, mais réconciliation, car comme le dit Heidrun qui a décidé de ne plus tout accepter, elles ne peuvent pas s’arrêter là et doivent rester ensemble !

Le film, lui, s’achève ainsi, invitant le spectateur surpris à imaginer ce qu’elles vont devenir !

Nota : Anja Breien a réalisé deux suites successives à ce film, en 1985 et 1996, où l’on retrouve les mêmes protagonistes pleines de vie et insolentes, mais un peu apaisées par les aléas de la vie.

Marie-Pascale Avignon-Vernet

 

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