Aslı Erdoğan reçoit le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes 2018

De gauche à droite : Ensaf Haidar, femme de Raef Badawi, Sihem Habchi, Aslı Erdoğan et Sylvie Le Bon de Beauvoir.

Le 10 janvier 2018 à la Maison de l’Amérique latine à Paris, le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes 2018 a été remis à Aslı Erdoğan par la présidente d’honneur Sylvie Le Bon de Beauvoir, accompagnée par Sihem Habchi, présidente du prix.

Comme le rappelle Sylvie Le Bon de Beauvoir, « Simone de Beauvoir s’est battue pour que, dans la condition féminine, puisse s’accomplir la liberté de l’être humain. La Fondation Simone de Beauvoir, abritée par la Fondation Paris Diderot, a été créée pour poursuivre ce combat, cet engagement, ce long chemin d’émancipation des femmes et de conquête de l’égalité. »

Aslı Erdoğan s’est vu décerner à l’unanimité le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes qui fêtait ses 10 ans. Cette femme de 50 ans qui a délaissé son parcours dans la physique nucléaire pour se consacrer à l’écriture est aujourd’hui une icône de la liberté en Turquie. En tant qu’écrivaine et journaliste elle emploie de façon poétique les mots sans faire de compromis. En juillet 2016 elle a été arrêtée et emprisonnée pendant 136 jours, accusée de « crime », celui de « Destruction de l’unité de l’Etat ».

« Me voilà en prison pour avoir cru à des mots tels que vérité et paix »

Elle doit être jugée en février 2018, risquant d’être condamnée à la prison à vie pour avoir abordé des sujets tabous dans ses romans, ses essais, ainsi que dans ses chroniques pour le journal de gauche Radikal. Elle y a notamment parlé des viols de jeunes kurdes par les paramilitaires turcs, de la torture dans les prisons, des homosexuels, des dealers de drogues…

Aslı Erdoğan est une égérie politique. La liberté d’expression est son combat. Sihem Habchi l’évoque magnifiquement et nous rappelle que la liberté ne peut se taire. La Lauréate incarne le courage et la résistance. Elle croit aux valeurs de justice et d’émancipation. Igor Babou, professeur des universités, souligne dans son discours que nous sommes tous concernés par ce qui se passe en Turquie et qu’Aslı Erdoğan incarne la « résistance démocratique urgente et nécessaire dans toute l’Europe ».

Aslı Erdoğan est fragile mais courageuse. Elle a dédié son prix à toutes « les personnes réduites au silence, persécutées, humiliées, violentées, emprisonnées. » Elle le dédie aussi à ses codétenues de la cellule C9 ainsi qu’à la plante qui est née dans cette cellule et qui poursuit toujours sa vie malgré de nombreuses tentatives d’anéantissement.

« Ça valait le coup de vivre, malgré tout. Je ne peux toujours pas aimer la vie ou faire la paix avec elle, la condition humaine est décidément trop effroyable. Mais j’accepte désormais l’idée qu’il y a dans la vie quelque chose de sacré. Oui, de sacré. »

A la fin de son discours, Aslı Erdoğan, a interpelé l’audience avec cette question : « Qu’est-ce qu’une voix de femme ? »

Simon Holpert

 

 Pour aller plus loin :

Le Bâtiment de pierre, Aslı Erdoğan
Editions Actes Sud

Catherine Deneuve lit Le silence même n’est plus à toi, Aslı Erdoğan
Editions des femmes-Antoinette Fouque

pour Aslı Erdoğan : Poète… vos papiers !
Editions des femmes-Antoinette Fouque

Chroniqué dans le magazine Français du monde n°192 en page 18

 

 

 

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