Espagne : Libertarias – Femmes anarchistes espagnoles

Libertarias – Femmes anarchistes espagnoles : Ouvrage coordonné par Hélène Finet

Editions Nada

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Malgré l’égalité entre les sexes prônée par les organisations libertaires espagnoles (FAI – Fédération anarchiste ibérique- et CNT – Confédération nationale du travail), les femmes anarchistes espagnoles sont à peine citées dans l’histoire du mouvement anarchiste. Pourtant ce sont des milliers de femmes qui   s’émancipèrent en termes économiques, sociaux, éducatifs, guerriers. Dénonçant le patriarcat presque inhérent aux familles qui arboraient l’étiquette anarchiste, leurs hommes faisant de grands discours sur l’égalité qu’ils ne mettaient pas en application.

Le féminisme libertaire considère la domination des hommes sur les femmes comme l’une des premières manifestations de la hiérarchie dans notre société. Le combat contre le patriarcat et l’état paternaliste faisait partie intégrante pour ces femmes de la lutte des classes. Il y a un caractère spécifique de l’engagement féminin dans un champ idéologique méconnu en France mais très avant-gardiste.

L’ouvrage coordonné par Hélène Finet en présentant les militantes les plus emblématiques et leur revue Mujeres libres veut remédier à cet oubli. Au fur et à mesure nous découvrons l’importance de ces femmes dans la lutte.

Francisca Saperas (1851-1933). La mère des anarchistes de Barcelone joua un rôle fondamental. Elle fait partie de la première génération d’internationalistes espagnols à la fin du XIXème siècle. Son foyer, en dépit des difficultés économiques, était le havre des persécutés. Elle participe au cercle « Iguales al hombre » et son action la consacre modèle des femmes qui luttent. A travers son histoire, on découvre celle d’une époque où les femmes de la classe ouvrière commencent à se mobiliser politiquement. Sa fille Salud Saperas participa et continua l’œuvre de sa mère au sein du mouvement anarchiste (aide aux prisonniers et rédaction de journaux).

Les femmes de « Las Solidarios », groupe armé et clandestin de la CNT créé en 1920. Son but est de frapper au sommet de l’appareil répressif. Il est constitué de 12 hommes et de 4 femmes qui organisent les assassinats de personnages importants. Il n’existe quasi aucune source sur ces 4 femmes : est-ce pour les protéger des autorités afin de les mobiliser pour des actions clandestines ? Est-ce pour donner le bon rôle aux hommes ?

Lucia Sanchez Sadornil et l’humanisme intégral – Lucia pose la question des femmes dans le milieu anarchiste. Les hommes doivent considérer les femmes comme des individus à part entière. Pour faire une force féminine consciente et responsable et l’éveiller aux idées libertaires, elle crée une revue Mujeres Libres qui connaît un développement important. Elle meurt en 1970 laissant une œuvre d’enseignement pour l’émancipation du genre humain.

La revue et l’organisation Mujeres Libres qui met l’accent sur l’éducation des femmes considérée comme primordiale pour l’émancipation des femmes. Une réflexion est menée sur l’éducation des enfants permettant l’épanouissant de chacun. Une importante place est donnée à la puériculture et l’éducation sexuelle. Une campagne est menée en faveur de la réinsertion des prostituées et l’éradication de la prostitution et elle promeut parallèlement l’éducation intellectuelle et l’éducation physique.

La revue publie des chansons et des poèmes qui ont un rôle important dans la propagande du mouvement libertaire. Les chansons jouent un rôle tout particulier car après chaque acte public la musique anarchiste était écoutée et reprise en chœur. Par exemple : « El himno de las mujeres libres » écrit par Lucia Sanchez Adornil ; elle publie aussi le « romancero de mujeres libres » poèmes dédiés à celles et ceux qui tombèrent pour la liberté. Amparo Poch y Gascon écrit quatre poèmes qui exaltent le souffle puissant que lui inspire la lutte du peuple espagnol. Carmen Conde Abellan dénonce dans ses poèmes une époque de souffrance intense causée par la guerre. Elta Federn dans un poème laisse entrevoir quelques lueurs d’espoir.

A la fin du livre sont présentées des femmes qui ont voulu transmettre leurs expériences des luttes féministes et sociales et sauver de l’oubli les noms et les actions de femmes exceptionnelles.

Lola Iturbe (1902-1990). A la fin du franquisme beaucoup d’émigrés rentrent en Espagne ; il s’établit un dialogue entre les générations. Lola (Dolores) Iturbe, journaliste et éditrice anarchiste des années 30, était membre de « Mujeres libres » et a fait partie du bureau juridique de la CNT. Elle raconte très modestement son histoire et celles des militantes emprisonnées et assassinées par les franquistes.

Concha Perez (1915-2014). Fidèle à l’idéal anarchiste, militante de la FAI, elle n’a jamais cherché à briller. Elle a participé aux combats et a été blessée par les staliniens en 1937. Exilée en France, elle décide de rentrer à Barcelone pour continuer la lutte contre le franquisme, elle y mène une vie très dure. Dans son récit, elle évoque toutes ces femmes courageuses qui, comme elle, avaient pris les armes.

Journal d’une Milicienne. Ce journal anonyme d’une jeune milicienne anarchiste est le journal de bord de son combat. Abandonnée à Majorque par les troupes anarchistes fuyant les fascistes italiens, elle et des infirmières seront martyrisées puis fusillées. La terreur se répand à Majorque. Bernanos en fera le récit dans « les grands cimetières sous la lune ».

Le plus émouvant dans ces histoires de femmes appartenant, pour la plupart, à la classe ouvrière, parfois illettrées, c’est leur capacité à prendre en main leur avenir. Un combat difficile dans une société très machiste même chez les anarchistes. Le scandale Weinstein a déclenché une formidable réaction des femmes, surtout dans la société du spectacle, mais a-t-on beaucoup parlé des ouvrières au prise avec des petits chefs. Aujourd’hui le féminisme n’a pas encore accompli ce que ces femmes espagnoles avaient commencé : obtenir la pleine égalité avec les hommes.

Mona Muraccioli

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