Les déplacés environnementaux : un nouveau marqueur de la pauvreté

déplacés environnementaux

En 2014, 19,3 millions de personnes[1] ont du quitter leur domicile en raison de catastrophes environnementales (sécheresse, inondations, cyclones, tremblements de terre, glissements de terrain, fonte glaciaire, montée du niveau de la mer, érosion du littoral, etc.). En 2013, ils étaient 22,4 millions. En 2050, ils pourraient être 200 millions ! « Les déplacés climatiques sont d’ailleurs aujourd’hui plus nombreux que ceux qui fuient les conflits« , a rappelé Jean-Yves Leconte[2], sénateur des Français de l’étranger.

La plupart de ces déplacements de population ont lieu à l’intérieur des Etats du Sud : 87% des déplacés climatiques étaient asiatiques en 2014[3], suivis par les Africains. Majoritairement, ils ne franchissent pas de frontières en raison de leur grande vulnérabilité économique. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a refusé la qualification de « réfugiés » car ces déplacés environnementaux ne relèvent pas de la convention de Genève de 1951.

Face aux carences du droit international, à l’absence de protection juridique de ces personnes déplacées, le Sénat a adopté une résolution[4], portée par le groupe écologiste et votée à l’unanimité le 21 octobre 2015, visant à promouvoir des mesures de prévention et de protection juridique des déplacés environnementaux. En effet, certaines questions restent à traiter : par exemple « comment qualifier la population entière d’un État dans le cas où le territoire de celui-ci viendrait à disparaître sous la mer comme ce pourrait être le cas, d’ici une cinquantaine d’années, de Tuvalu ou de Kiribati? »[5] Des réfugiés, des apatrides d’un Etat qui n’existera plus? Comment passer à une notion collective de notions qui, à ce jour, ne sont définies qu’au niveau individuel?

Il s’agit donc d’élaborer des règles inédites juridiques mais aussi de trouver des mécanismes de financement d’adaptation des pays. C’est d’ailleurs ce à quoi appelle l’Accord de Paris en son article 50.

Kalliopi Ango Ela 

[1] Rapport annuel Global Estimates du Conseil norvégien pour les réfugiés, publié le 20 juillet 2015.

[2] https://jeanyvesleconte.wordpress.com/2015/11/19/climat-proposition-de-resolution-visant-a-affirmer-le-role-determinant-des-territoires-pour-la-reussite-dun-accord-mondial-ambitieux-sur-le-climat-cop21/

[3] http://www.planetoscope.com/Catastrophes-naturelles/1128-nombre-de-refugies-climatiques-dans-le-monde.html

[4] http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppr14-632.html

[5] https://hommesmigrations.revues.org/939#tocto1n2

Cet article est extrait du dernier numéro de Français du monde-adfe que pouvez consulter gratuitement en ligne.

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