Evolution des relations entre migration et développement depuis 30 ans.

Migrations & Développement est une association franco-marocaine de droit français, créée en 1986 par des migrants pour mener des actions de développement dans les villages de leur région d’origine, l’Atlas et l’Anti-Atlas marocains, frappée par une sécheresse sévère depuis le milieu des années 70.
Après trois décennies d’activités au Maroc elle partage ici quelques résultats[1] du bilan de son action et de l’analyse de l’évolution de son environnement social et économique. Cette étude invite à la réflexion sur les relations entre migrants et territoires avec l’apparition de nouveaux partenaires ici et là-bas.

Cueillette du safran, village d'Imgoun

Un émigré – deux territoires
Arrivés en France dès les années 60, les migrants étaient le plus souvent des hommes n’ayant que peu ou pas de qualifications professionnelles et vivant l’émigration comme une nécessité économique. Le lien avec le lieu d’origine ne s’est pas rompu, nourri d’un sentiment de dette morale et de préservation de racines culturelles. Certains ont pu vivre en famille en France et leurs enfants ont souvent la double nationalité.

Une association – d’abord les infrastructures du territoire d’origine (1986-2000)
Réunis dans des associations de migrants ou des ONG de développement, les migrants donnaient priorité au transfert de fonds pour la réalisation d’infrastructures collectives ou parfois d’investissements individuels. Elles concernaient l’accès à l’eau, à l’électricité, des bâtiments communautaires, des voiries… en mettant aussi en œuvre les compétences techniques et organisationnelles des migrants acquises en France par la formation professionnelle et le syndicalisme. Progressivement la création d’associations villageoises au Maroc assurait la bonne réalisation et le suivi des projets téléguidés depuis l’association de migrants en France.

Une association – puis la structuration d’une communauté territoriale (2000-2009)
L’amélioration des conditions de vie dans des villages du Haut et Moyen Atlas jusqu’alors isolés a permis une revalorisation de ces territoires et surtout un sursaut de leurs habitants refusant la résignation. Les associations villageoises ont eu un rôle moteur. Des projets de développement économique (produits du terroir, tourisme rural…) ont permis de sortir de l’économie de subsistance. Certains étaient aussi l’œuvre de migrants isolés, d’autres de coopératives ou associations de création récente. Le risque de dispersion entre éducation, santé, économie, social, culture… devait être évité grâce à une gestion participative et démocratique intégrant les femmes. Les migrants membres des ONG en France « ont joué le rôle de passeurs entre les deux rives ».

Un territoire – émergence d’acteurs avec des capacités croissantes  (2009-2014)
Le contexte institutionnel a évolué avec la décentralisation du Royaume (développement des capacités des communes) et l’élaboration des Plans communaux de développement (PCD). Dès lors l’impulsion ne vient plus des associations de migrants en France mais des territoires eux-mêmes qui prennent en main leur développement. De nouveaux partenaires émergent progressivement : élus, coopératives et autres structures communautaires, et cherchent à mobiliser les diasporas issues de leur territoire (migrants et enfants de migrants). Le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger apporte à ces actions un soutien. .Les enfants des migrants-pionniers n’ont pas le même engagement pour le territoire d’origine de leur famille. Tout comme les jeunes Marocains expatriés résidant en France, ils sont souvent diplômés et agissent de façon plus individualiste en pensant globalement au Maroc comme une composante de leur culture et un pays méritant leur attention d’expert, d’investisseur ou de commerçant. Ils utilisent les réseaux sociaux et Internet. D’autres jeunes binationaux moins favorisés éprouvent des difficultés à se situer entre deux cultures, deux pays plus que deux territoires. Les Marocaines adultes engagées dans la vie professionnelle et le secteur des services constituent une autre composante de ces groupes de personnes liées à deux territoires. Riches des potentialités offertes par les membres de la diaspora[2], les associations de migrants sont maintenant sollicitées comme «facilitateur, catalyseur, animateur, formateur, passeur…» plutôt que comme acteur direct du développement d’un territoire.

Village d'Aït Youssf

Communauté de développement.
Tenant compte de cette évolution, « Migrations & Développement » s’oriente vers la création de  «Communautés de développement» conçue comme «un espace d’apprentissage mutuel et d’innovation lié à un territoire, un centre de ressources reliant via Internet les acteurs du territoire entre eux et aussi avec la diaspora ». Ces Communautés de développement auront la double caractéristique d’être ancrées sur un territoire (une fraction du territoire marocain) et d’être ouverte sur la diaspora du monde entier, élargie à la « diaspora de cœur » formée par toutes les personnes qui veulent s’engager dans la solidarité internationale aux côtés de migrants et de leur territoire d’origine. L’accent est mis sur le développement durable, l’agriculture familiale, la formation pour éviter l’exode rural et offrir des alternatives à l’exode rural ou à la migration aux jeunes parfois diplômés-chômeurs.

Avec la capitalisation sur le rôle des migrants dans le développement de leur territoire d’origine « Migrations & Développement » nourrit la réflexion sur les projets de co-développement, le transfert de fonds des migrants, les attitudes et engagements des jeunes de la diaspora, les attentes de territoires qui s’organisent et la construction d’échanges plus équilibrés entre ici et l

[1] « Capitalisation sur le rôle des migrants dans le développement de leur territoire d’origine au travers des actions de M&D » Odile Balizet et F3E  http://www.migdev.org/ressources/rapports-et-actes/ et http://f3e.asso.fr/etudes/1000

[2] Personnes et descendants gardant des liens affectifs et matériels avec le pays d’origine.

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