Réflexions tirées d’un séminaire sur la laïcité organisé par la Ligue des droits de l’Homme (partie2/2)

Depuis peu la laïcité est surtout invoquée en référence à la pratique extériorisée de l’islam présentée comme menaçant la République et ses valeurs.

Ces dernières années les Français musulmans ne sont pas vus comme des citoyens comme les autres et il faut assurer leur “intégration“, non encore aboutie, en les forçant à abandonner toute marque religieuse distinctive dans l’espace public. Ces décisions vont bien  au delà des précautions légitimes contre d’éventuels troubles de l’ordre public[1] et va à l’encontre de l‘obligation à la neutralité des agents investis de prérogatives de puissance publique.

D’aucuns en appellent à la  sauvegarde de la République laïque, au risque de pervertir son essence. Aujourd’hui la laïcité serait-elle l’alibi de campagnes contre les manifestations visuelles de la pratique de l’islam par certains citoyens?

La défense de la laïcité ne serait-elle pas dévoyée pour stigmatiser et rejeter l’Autre? Sacrifice propitiatoire pour se retrouver entre Nous, dans la pureté initiale, revenir aux racines, à l’identité nationale et en se protégeant de pollutions visuelles, oublier la crise économique?

Le clivage raison d’Etat/exercice des libertés individuelles n’est pas sans rappeler le contexte de l’affaire Dreyfus: crise économique de 1880, scandale du canal de Panama, rejet de l’Autre (juif en l‘occurrence).

La défense de la laïcité ne peut servir à masquer que l’Autre à qui nous demandons de s’intégrer, est le plus souvent  Français(e), né(e) en France, ancien(ne) élève de l’école laïque. La Constitution garantissant le respect de toutes les croyances[2] et dès lors que “l‘Autre“ adhère en pratique aux conditions du “vivre ensemble“, c‘est à Nous de l‘intégrer, riche de sa diversité.

La défense de la laïcité incite à ne pas se tromper de cible. Il faudra, par exemple, faire face aux tentatives pour inscrire dans les traités et chartes européens une référence implicite aux racines chrétiennes[3] de l’Europe et à leur application à l‘espace social[4].

L’exclusion de certains citoyens équivaudrait au suicide d’une société en devenir.

Jean-Louis Sabatie-Pouliquen


[1] Visage dissimulé, prières de rue…

[2] Article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, préambule de la costitution de 1946.

[3] «héritage religieux»

[4] limitation de l’IVG, de l’accompagnement en fin de vie, de l’homoparentalité….

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