La représentation politique des Africains de l’étranger, une passerelle entre les continents (partie 1/2)

La présence en France et en Europe de diasporas africaines importantes, les liens historiques entre nos deux continents, incitent à approfondir la mutuelle connaissance que nous avons les uns des autres et notamment de ces « Africains du monde » et Africains de France que nous côtoyons dans le quotidien de nos vies d’expatriés ou de résidents hexagonaux.

Le droit de vote des étrangers en France fait aujourd’hui l’objet d’un débat politique important et devient une des questions clivantes de la Présidentielle, le Président Sarkozy envisageant d’en faire l’objet d’une consultation référendaire alors que les principaux candidats de gauche  sont tous engagés en faveur du droit de vote des  étrangers aux élections locales.

Mais quid du droit de vote des Africains de l’étranger dans leur propre pays ?  Les droits politiques des Africains de l’étranger sont-ils  reconnus dans leurs propres pays ? Des parlementaires africains représentent-ils leurs compatriotes expatriés au sein des assemblées nationales africaines ? Y a-t-il des équivalents à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) en Afrique ?

Autant de questions importantes pour mieux connaitre nos « cousins africains » résidents de l’étranger, à l’heure où trop nombreux sont encore ceux qui font des diasporas africaines des boucs émissaires tout désignés en cette période de crise économique en Europe.

La représentation des Africains de l’étranger à travers l’actualité récente :

Le vote de la nouvelle constitution de juillet 2011 au Maroc a permis aux Marocains de l’étranger de voir reconnu leur droit de vote et d’éligibilité, une question faisant l’objet de débats récurrents dans ce pays qui compte 5 millions de marocains résidant à l’étranger, et au sein duquel il existe des réticences pour la mise en œuvre effective de ce droit de vote.

Comme le notait Abdelkrim Belguendouz, universitaire et chercheur en migration dans une tribune du 15 juillet 2011 parue dans l’édition en ligne du journal Libération au Maroc,  » les milieux réfractaires à la participation électorale législative des citoyens marocains à l’étranger à partir de leurs pays de résidence invoquent à tort d’autres arguments inconsistants, tels le coût financier de l’opération, le parasitage de l’intégration dans les pays d’accueil, la double nationalité, les conflits inéluctables avec la double allégeance »  : de fait, aux élections législatives anticipées de novembre 2011, le vote par procuration des Marocains résidents à l’étranger (MRE) a été autorisé, mais aucun bureau de vote à l’étranger n’a été ouvert pour permettre le vote direct à l’urne.

La révision constitutionnelle de juillet 2011 a cependant permis une autre avancée dans la représentation des MRE en constitutionnalisant l’existence du Conseil de la communauté marocaine résidant à l’étranger, créé le 21 décembre 2007, et en lui assignant notamment la mission «d’émettre des avis sur les orientations des politiques publiques permettant aux Marocains résidant à l’étranger le maintien de liens étroits avec leur identité marocaine, de garantir leurs droits, de préserver leurs intérêts et de contribuer au développement humain et durable de leur pays d’origine et à son progrès».

Les élections d’octobre 2011 ont permis aux Tunisiens de France de se rendre aux urnes pour élire 10 des 217 élus à l’Assemblée constituante, avec un nombre de suffrage exprimé proche des 120 000 votants. Ces dix représentants sont le signe de l’importance de la communauté tunisienne en France,  soit environ 600 000 personnes,  et de sa prise en compte dans le dispositif institutionnel de représentation en Tunisie.

Les élections présidentielles sénégalaises de février 2012 devraient permettre aux Sénégalais résidant dans 42 pays différents de se rendre dans des centres de votes ouverts pour l’occasion. Le gouvernement du Sénégal possède d’ailleurs une représentation importante de sa diaspora avec un ministère des Sénégalais de l’extérieur (http://www.senex.gouv.sn/) et un conseil supérieur des Sénégalais de l’Extérieur, dispositif de représentation semblable à celui qu’on retrouve en France.

En Côte d’Ivoire, le président Allasane Dramane Ouattara  a approuvé l’idée de la création d’un « Haut conseil des Ivoiriens de l’étranger » même si, pour l’heure, celui-ci « n’a toujours pas pris corps mais que plusieurs associations sont nées »(…) chacune se présentant comme « la plus représentative de la communauté ivoirienne » comme le note la journaliste Maloka Groga Bada dans Jeune Afrique (numéro 2665 du 5 au 11 février). Dans l’hexagone, la communauté ivoirienne est estimée à 100 000 personnes et « une demi-douzaine d’associations et de plateformes » rivalisent pour tenter de structurer politiquement ces communautés.

(A suivre : « la représentation politique des Africains de l’étranger, tout sauf  un sujet mineur »)

Boris Faure
Vice-président de Français du monde-adfe

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