Enfants transfrontières : comment les aider à se construire ?

Tout enfant a besoin de s’identifier pour se construire. Les métis créent une sorte de « race » à part reconnaissable partout dans le monde : un sino-sénégalais sera plus proche d’un franco-bengladais que d’un chinois ou d’un sénégalais ; question d’expériences communes.

Encore que les ségrégations par dégradés de couleurs dans les cours d’écoles interpellent ! A l’adolescence, quand «il faut» être comme les copains, malgré des différences évidentes, certains se cachent, se replient sur eux-mêmes, d’autres s’affirment jusqu’à la provocation.

Souvent, l’enfant transfrontières fréquente une école internationale, mais s’il fréquente une école « ordinaire », quel trouble ! Ses savoirs étonnent, ses ignorances provoquent la risée.

Encore faut-il être inscrit dans une école : il est des pays où l’existence de l’enfant métis est niée si les parents ne sont pas mariés. Or tout enfant n’est pas le fruit d’un couple durable. Le divorce, encore plus fréquent pour les couples mixtes, peut laisser des enfants déchirés entre plusieurs continents, qui craignent que leur «bizarrerie» soit la cause de «l’abandon».

Lorsque le système scolaire est plus performant dans l’un des pays d’origine, l’enfant fréquente l’école primaire près de sa mère, puis est propulsé au bout du monde, en famille ou en pension, coupé des référents affectifs et culturels de son enfance, afin de lui assurer une bonne éducation. Même s’il y a eu réelle communication avant le départ, certains dépriment et se fanent. Les plus résilients font des études brillantes puisqu’ils n’ont rien d’autre à vivre. Les nouveaux éducateurs s’étonnent souvent que l’enfant n’aie pas leur culture, leurs habitudes, et tentent un « rattrapage » d’urgence qui augmente le niveau de stress de l’enfant. Certes, la politesse d’ici peut être la grossièreté d’ailleurs. Mais lorsqu’une culture libérale rencontre une culture stricte, les dommages sont prévisibles. Dans l’autre sens une ouverture, une floraison, peuvent advenir.

Interroger un adulte qui a choisi son métissage l’aide à réaffirmer ses choix. Questionner un enfant sur ses origines le trouble, interroge sa légitimité ici et maintenant. Toujours « hors-norme » et sujet de curiosité. Il pourra fatiguer d’avoir à raconter comment et pourquoi ses parents ont pu se rencontrer, souffrir d’être le témoin d’autrui plutôt qu’être lui-même. Un préjugé serait d’imaginer tout multiculturel à l’aise dans cette situation, tolérant, ouvert d’esprit, et surtout voyageur. Certes, aux questions telles que : « Où sont tes racines ? Quel pays, quelle culture, sont tiens ? ». La réponse réconfortante est « je suis citoyen du monde ». Mais qui campe dans le trop vaste peut s’y perdre. Risque restreint… car nombre de pays refusent la double nationalité et transforment leurs enfants en étrangers !

Avant de produire avec enthousiasme des enfants métis ou transfrontières, je me permets de conseiller de beaucoup communiquer, de prévoir le type d’éducation physique, morale, scolaire, spirituelle, qui sera donnée. Mieux vaut beaucoup de palabres, même toniques, dans la relation d’adultes qui s’aiment, qu’une grande douleur chez l’enfant.

Finalement, cet enfant n’aura pas deux cultures, il en aura une, aussi métisse que lui, créée au fil des expériences. Plus tard, il fera sa vie dans l’un ou l’autre pays d’origine, ou, plus souvent, dans un troisième pays où il se vivra étranger sans en souffrir.

Etre soi, sans comparaison, sans questions inutiles, sans obligation d’expliquer, est la seule solution face au trouble d’autrui. Facile à dire… pas toujours facile à vivre !

Oui, il y a ceux qui vont bien, qui ont trouvé leurs propres solutions. Mais aucune recette n’est universelle, chacun doit inventer la sienne en fonction des éléments à sa portée.

Il faut oser lui dire « oui, tu es différent », comme on doit dire « oui, tu es adopté », ouvrir un dialogue sans « oui mais », accueillir ses joies, ses doutes, ses révoltes, accepter de ne pas toujours savoir quoi faire afin de chercher ensemble. Surtout, aidons l’enfant à trouver le point d’humour des situations vécues. Le rire remet bien des difficultés à leur juste place.

Martine Quentric-Séguy

18 commentaires sur “Enfants transfrontières : comment les aider à se construire ?

  1. Waouh! Même si je ne suis pas métisse de peau, je comprends certains points soulevés par cet article, notamment le fait d’appartenir à différentes cultures, quand vos parents et vos grand-parents ne sont pas des mêmes pays. Allez ajouter à cela une vie de baroudeuse par-delà 3 continents avec les situations de plurinationalité qui en résultent, et oui, on peut se sentir à côté de la plaque, quand on est entourés de « pure laine » comme on dirait au Québec. Cependant, cette idée de créer ou se définir comme une « 3e race » me gêne énormément, car je pense que l’on a le droit de pouvoir se revendiquer d’autant de cultures que l’on souhaite, sans forcément se positionner comme un individu à part. Je m’explique: je peux me définir comme une canadienne à part entière, même si j’ai aussi d’autres nationalités, ça ne fait pas de moi, une sous-canadienne et je n’ai pas besoin non plus, de dire que je suis une canadienne spéciale. Il existe plusieurs variétés de pommes et ça reste des pommes: on n’a pas besoin de faire d’une variété spécifique, un nouveau fruit. Toute personne d’ascendance noire, quelle soit africaine, caribéenne, sud-américaine, nord-américaine ou de l’Océan Indien, vous dira qu’au moment de l’esclavage et de la colonisation, et surtout après, les métis avaient des privilèges que n’avaient pas ceux qui n’étaient pas mélangés. On a beau être au 21e siècle, le colorisme existe toujours. Pensez-vous que dans ces cultures ou sociétés, voir des métis se poser en groupe différent, à part, ne vient pas réveiller des blessures pas encore cicatrisées? En Afrique de l’Ouest, on dit souvent que c’est la mère qui élève et transmet sa culture. Quand il s’agit des métis, les gens disent: « Si sa mère est noir, elle l’élèvera comme un noir; même si sa mère est blanche, elle l’élèvera comme un petit blanc ». Je vous laisse deviner toutes les connotations négatives impliquées dans le 2e volet. Quelque soit la société noire considérée, un métis qui voudra se présenter comme un représentant d’une « race » à part, sera vu comme quelqu’un reniant ses origines noires et sera détesté. Avez-vous tenu compte de cet aspect?

  2. Alexia ton article est BRILLIANT ! Chapeau stsier tu as tout dit.Le Pere Niaka de L’Eglise Catholique de Makepe (banlieue de la classe moyenne a Douala ) disait que le foot est devenu une distraction nationale au Cameroun, parce que le sport roi aide nos dirigeants a endormir le peuple.Je crois plutot que le peuple se laisse volontairement seduire par les performances footballistiques nationales, parce qu’il a besoin de croire qu’il peut reussir, qu’il va reussir, et que la victoire de ces footballeurs leur donnera espoir et credibilite internationale pour avancer la tete haute.Ces footballeurs Camerounais representent a la fois nos reves brises, nos espoirs decus (quand ils perdent une competition), mais aussi une bravoure nationale transcendant toutes les frontieres pour s’imposer aux yeux du monde, quand ils excellent dans leurs clubs respectifs ou sous les couleurs du maillot national.Le sport roi aujourd’hui en Afrique s’erige en symbole d’unite continentale. Pendant un instant nous oublions les clivages ethniques, la misere du continent, et la jeunesse perdue d’Afrique. De Bamako a Lagos, Accra, New York, Londres, ou Paris, nous celebrons avec la meme passion une victoire africaine.Oui je confesse avec beaucoup de joie ce que j’ai fait dans la nuit du 26 au 27 Juin 2010 dans un quartier populeux de Londres j’ai celebre jusqu’a 2 heures du matin, la qualification du Ghana en quart de finale de la Coupe du Monde. Ils sont entres dans l’histoire et m’ont offert cette annee-ci mon plus beau cadeau d’anniversaire L’ESPOIR de continuer de CROIRE a ma terre, a mon peuple, a MON AFRIQUE.PS: desolee pour les accents j’utilise un clavier QWERTY

  3. Merci pour tous vos commentaires.
    Au sujet du mot « race » qui dérange certains lecteurs, je tiens à préciser que ce mot est juste un terme technique qui peut et doit être employé sereinement. Si nous, les métis, les transculturels, les transfrontières, ne sommes pas capables de prononcer ce mot sans frémir parce que d’aucuns l’ont utilisé comme arme ou comme insulte, nous jouons le jeu de ces gens là. Les races existent, et leurs différences font la beauté du monde, comme la variété des fleurs fait les jolis bouquets.
    Chaleureusement à tous.

  4. Le fait que le racisme scientifique prédarwinien se soit davantage épanoui en France et aux Etats-unis qu’en Angleterre tient peut-être en partie, aussi paradoxal que cela puisse paraître, à leur héritage révolutionnaire d’Etats-nations fondés sur l’égalité des droits de tous les citoyens.
    Nous somme tous citoyen de la Terre

  5. “… trouver le point d’humour des situations vécues. Le rire remet bien des difficultés à leur juste place.”

    … de l’humour, effectivement, il faut conserver tout son humour pour lire ce texte jusqu’au bout…
    Et, il ne fait pas du tout rire.

    Pour info: Article 225-1 du Code pénal.

  6. Quel drole d’article..Ca commence tres mal, avec cet horrible mot race (meme entre guillemet, ca ne pardonne pas), ça continu toujours mal avec des propos alarmistes et pessimistes, chaque individu, métissé ou pas et unique et à part, pourquoi se créer des difficultés en parlant de ce qui pourrai etre dur à gérer dans la vie de nos enfants?du divorce (probables) de leur parent a culture differentes, du rejet des camarade et autre embuches??Ca n’est pas l’apanage des enfants pluriculturelles!Le metissage est ici présenté comme un lourd fardeau alors que OUI c’est une force, et oui c’est une richesse!!Le vrai rejet commence parfois quand on fait remarquer au gens leur différence…

  7. Très vrai et bien dit. Heureusement que des métis comme le président étatsunien B. Obama qui ont réussi dans la société et s’affirment tels quels peuvent être pris comme référence positive. Mes enfants (trilingues) sont le résultat d’une union (très heureuse) franco-germanique et ils ont émigré aux USA à l’âge adulte, s’épanouissant parfaitement dans une 3e culture.

  8. SVP modérateur
    changer :
    quand chacun sera citoyen de la terre,
    il y aura peut être moins de guerre !

    merci

  9. Je pense que l’avenir est au métissage. Comme tous les enfants, les enfants métis qui se sentent aimés par leurs parents seront plus forts pour affronter les difficultés de la vie quelques soient leurs couleurs ou leurs origines.J’admire la persévérance de mes enfants Franco Burkinabé à réussir dans la vie et à découvrir le monde qui pour eux n’a pas de frontière.
    Quand toute la population deviendra citoyen de la Terre,
    il y aura peut être moins de guerrre!

  10. Magnifique article qui expose très justement les difficultés et les richesses de la construction identitaire de chaque enfant métisse !

  11. Merci pour ces mots si justes! Quel sentiment de délivrance de lire que nous créons notre propre culture au lieu d’une simple adition et que beaucoup d’entre nous ne se sentent bien que dans un troisième ou quatrième pays, où il est possible de jouir de ce luxe incroyable du droit à la différence! Et même là-bas, il m’arrive d’en avoir marre d’être différente. Ce sont des sujets qui me préoccupent beaucoup, mais sur lesquels je n’ai jamais réussi à en parler de façon si pertinente. Merci!

  12. Beaucoup de finesse et d’intelligence dans votre article, qui peut s’appliquer aussi, je pense, au bi-nationaux, bi-culturels, meme s’ils ne sont pas metisses et que leur melange ne saute pas aux yeux.

  13. Merci. Très bel article… je pense à ma petite franco-argentine de 2ans et demi, née ici en Espagne, et bientôt à notre deuxième enfant… Et je me rend compte que rien que nous, les parents, « expatriés » depuis plus de 10ans en Espagne, nous avons notre propre langage/culture, ni espagnol, ni français ni argentin… et nous retrouvons souvent avec d’autres « mélangés »… d’ici et d’ailleurs, et de toutes les couleurs… :D
    Une difficulté pour savoir qui l’on est, mais aussi une grande chance d’avoir un esprit souvent plus ouvert et une vision des choses plus universelle….
    Merci. J’ai eu grand plaisir à vous lire…

  14. Un enfant dois se sentir chez lui là où il vit. Qu’il soit métis, de parents étrangers, ou autre, le plus important est que ses parents et son environnement le fassent se sentir chez lui là où il vit. Donc, la première mesure à conseiller serait de ne pas inculquer à l’enfant qu’il vit ici mais que son coeur est là-bas. Autrement dit, que les parents ne transfèrent pas sur leur(s) enfant(s) leur mal du pays s’ils y sont sujets.

  15. « Plus tard, il fera sa vie dans l’un ou l’autre pays d’origine, ou, plus souvent, dans un troisième pays où il se vivra étranger sans en souffrir. »
    Que c’est vrai! Mon couple est la troisieme generation de mariages mixtes (de nos deux cotes. Mes enfants ont 6 pays et trois continents dans les veines. Ils sont differents, ils sont riches, je leur dis tous les jours; surtout quand ils se rendent comptent qu’ils ne reflechissent pas comme tout le monde. Etre citoyen du monde est parfois une croix a porter mais c’est une croix ornee d’or et de diamants….

  16. Excellent article! Excellent sujet ! La multiculturalité est une richesse pour les enfants qui en sont issue mais elle n’a pas été « gratuite » pour moi. Cela demande une grande préparation au niveau des parents qui doivent assurer que leur futur petit au sang mêlé se retrouvera un « monde » propre. Autrement c’est souffrance garantie ! J’aimerais ajouter que la multiculturalité advient également sur le territoire français : beaucoup d’Ultramarins, comme celui qui écrit ce message, sont maintenant élevés entre le département d’outre-mer d’origine et la « métropole » à la culture et au sang bien différent. Notre France est très belle et très diverse et je suis fier d’être Français de cette diversité !

  17. L’emploi du mot « race », même avec les guillemets, disqualifie complètement l’auteure. L’idée même de donner le nom « enfant transfrontières » à un être humain me répugne. L’auteure semble poser comme point de départ qu’un enfant métis est malheureux. C’est bien dommage de ne pas y voir plutôt une richesse. Dans le 1er paragraphe, la phrase « un sino-sénégalais sera plus proche d’un franco-bengladais que d’un chinois ou d’un sénégalais » est terrible, je la conteste ! Un Sino-sénégalais (qui chez l’auteure perd sa majuscule – comme par hasard) sera bien sûr plus proche d’un-e Chinois-e ou d’un-e Sénégalais-e dont il partagera une culture…
    J’ignorais que FdM-ADFE publiait de nouvelles théories sur les « races »…

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