La rentrée à Tokyo – communication du conseiller culturel

Madame la Sénatrice,
Suite à votre conversation téléphonique de ce jour avec la Directrice de l’AEFE, je vous fais parvenir ci-dessous des informations précises sur la situation du Lycée franco-japonais de Tokyo, conformément à votre demande.

1) Comme vous le savez, la réouverture du lycée répond à l’impératif de scolarisation des nombreux enfants restés ou rentrés à Tokyo. Il s’agit d’assurer la continuité du service public, notamment vis-à-vis de familles dont la vie et le travail sont à Tokyo et qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’étranger. Ne pas rouvrir aurait tout particulièrement pénalisé les familles les plus modestes de notre communauté. Notre souci a été de répondre à l’ensemble des situations en 1) favorisant l’accueil des élèves rentrés en France dans les établissements métropolitains, 2) mobilisant la solidarité des établissements de la zone Asie pour ceux qui restent dans la région tout en ne souhaitant pas revenir dans l’immédiat, 3) assurant la continuité du service public pour ceux qui demeurent à Tokyo. La réouverture du Lycée n’est donc en aucun cas une incitation au retour. Elle ne remet pas en cause les conseils généraux de prudence à l’attention des Français.

La rentrée s’est bien déroulée aujourd’hui. Plus de 90% des personnels étaient présents, seuls 5 agents sur 131 ayant refusé de rejoindre leur poste en faisant valoir leur droit de retrait. Le nombre d’élèves présents a été inférieur à celui estimé sur la base du sondage réalisé la semaine dernière auprès des familles : 356 élèves soit 35 % de l’effectif d’avant la crise ont participé à la rentrée, soit 185 pour le premier degré et 171 pour le second degré. Il est cependant probable qu’un certain nombre d’élèves rejoindront le lycée progressivement dans les jours et les semaines à venir, le retour des vacances de la « Golden Week » (début mai) constituant une échéance signalée régulièrement par les parents.

2) S’agissant de la situation en matière de radioactivité et des perspectives relatives à la centrale de Fukushima, l’Institut de radiologie et de sureté nucléaire, qui constitue la référence sur le sujet, publie un communiqué régulier dont il ressort notamment le diagnostic suivant : « Les autorités japonaises font face à une situation grave sur le site nucléaire de Fukushima. Compte tenu de la situation sur le site, il semble cependant peu probable que se produisent de nouveaux rejets entrainant à distance de plus de trente kilomètres des conséquences supérieures à celles déjà observées. » Par ailleurs, tous les experts qui se sont rendus au Japon ces derniers jours (dont celui dépêché de manière permanente à Tokyo par l’IRSN) estiment qu’il n’y a pas de danger aujourd’hui à vivre à Tokyo. Pour plus de précisions, je vous suggère de recueillir l’avis de M. Olivier Isnard (Olivier.ISNARD@irsn.fr), expert de l’IRSN qui vient de rentrer de Tokyo et assure la veille parisienne pour cet Institut. C’est sans doute le meilleur connaisseur du sujet en France.

3) La priorité absolue de l’Ambassade et du Proviseur dans le cadre de la réouverture du Lycée a naturellement été de s’assurer que la rentrée s’effectuerait dans des conditions de sécurité pleinement satisfaisantes. La décision de réouverture a été prise après s’être assuré auprès des experts présents sur place, tant de l’IRSN que de la sécurité civile, que ces conditions étaient remplies. Concrètement, les dispositions suivantes ont été prises :

Expertise radiologique et batimentaire :

L’ensemble des locaux ont fait l’objet d’inspections complètes de la part du détachement d’intervention de la Sécurité civile présent à Tokyo et de l’expert de l’IRSN présent à l’Ambassade. Suite à ces inspections, deux rapports publiés sur le site du Lycée ont établi que les deux sites du lycée (Fujimi et Ryuhoku) ne présentent « aucun risque caractérisé tant sur le plan bâtimentaire que radiologique ».

Le rapport préconise toutefois,en raison d’une radioactivité légérement supérieure, d’interdire temporairement l’utilisation de l’aire de jeux extérieure  des maternelles ainsi que de la zone de gomme compactée du terrain de sport extérieur du secondaire. L’accès à ces zones sera donc temporairement interdit. Les tapis susceptibles de retenir davantage la radioactivité ont été retirés à Fujimi. Les niveaux constatés ne présentent toutefois aucun danger pour la santé.

Des mesures de radioactivité dans les locaux pourront être effectuées ultérieurement, autant que nécessaire, en s’appuyant sur l’expertise française disponible. L’IRSN mesure en temps réel depuis le toit de l’Ambassade le taux de radioactivité de l’air à Tokyo et publie régulièrement les chiffres qui sont très faibles et légérement supérieurs au bruit de fond habituel de Tokyo. Toutes les informations sont remises régulièrement à jour sur le site de l’Ambassade. En cas d’alerte, l’Ambassade avertira immédiatement le lycée afin que soient prises les mesures appropriées qui ont fait l’objet de protocoles.

Une demi-journée de formation sur la radioprotection, assurée par deux experts du CEA et de l’IRSN, sera proposée dés cette semaine aux agents du lycée.

Mesures de confinement éventuel :

Par mesure de précaution, il a été défini dans chacun des deux sites des zones de confinement qui pourraient être utilisées en cas  de nécessité. Ces zones pouvant accueillir 400 personnes à Fujimi et 350 à Ryuhoku sont  équipées en matériel, couvertures, réserves d’eau et de vivres (comme indiqué dans les rapports de la Sécurité civile) pour une durée de 72 heures, durée maximale de confinement évaluée par les experts dans des conditions extrêmes.

Un stock d’iode a été pré-positionné au sein des deux sites. L’infirmière du lycée est en train de recenser les éventuelles allergies ou contre-indications à la prise de comprimé d’iode.

Protocole en cas de pluie :

Des protocoles précis ont été définis ou complétés pour faire face à toutes les situations et sont à la disposition de tous notamment sur le site du lycée (http://www.lfjtokyo.org/primaire/index.php?page=prevention-securite). Un protocole

Sécurité alimentaire et eau :

Le Lycée a décidé d’offrir dés la rentrée du 4 avril des repas à ses demi-pensionnaires, dans un souci de continuité du service et de fournir aux enfants une nourriture saine et équilibrée. Des mesures ont été prises pour s’assurer de la parfaite traçabilité des aliments transformés. Ainsi les menus sont publiés sur le site du lycée avec l’origine de chaque aliment transformé. Tous les produits proviennent du sud du pays ; il sera fait appel également à des produits importés comme la viande ou  le poisson de Nouvelle-Zélande ou d’Australie. Enfin des produits pour lesquels il est difficile à ce stade de garantir la traçabilité sont bannis jusqu’à nouvel ordre des menus comme le lait et les oeufs. Les menus de la semaine de cette semaine sont consultables à cette adresse :

http://www.lfjtokyo.org/primaire/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=143&cntnt01returnid=15

La consommation de l’eau du robinet ne présente à ce stade aucun danger pour la santé humaine. L’eau courante à fait l’objet de deux contrôles par une société japonaise spécialisée, qui ont conclu à l’absence de tout risque. Il est à noter que les normes japonaises sont encore plus strictes que les normes françaises. De nouveaux contrôles seront effectués autant que de besoin.

Toutefois, par mesure de précaution, on recourra à l’eau minérale pour la consommation courante au sein du lycée. Le lycée constitue des stocks pour les zones de confinement (en faisant appel notamment aux sociétés françaises). Toutefois afin de ne pas les entamer dans une période où l’approvisionnement en grande quantité est difficile, il est demandé aux familles de munir leur enfant d’une bouteille d’eau minérale pour la journée.

Par ailleurs le lycée est en train de s’équiper d’un filtre à eau qui retient selon le fabricant 99 % de l’iode et du Césium 131. Une vérification de la fiabilité de ce matériel est en cours auprès des experts. En cas de difficulté, le lycée dispose de deux réserves d’eau (14 m3 et 6 m3) qui pourront être déconnectées du réseau et utilisées  pour les besoins de la cuisine par exemple.

Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire qui vous serait utile.

Benoît Guidée

Conseiller culturel

Ambassade de France au Japon

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