Témoignage de Nadine Plet, représentante de Français du Monde en Nouvelle-Zélande, après le terrible séisme qui a touché Christchurh.

L’état d’urgence a été déclaré hier soir, et nous sommes maintenant en alerte rouge. La ville de Christchurch a, une fois de plus énormèment souffert. En fait, j’y étais la semaine dernière, mercredi, jeudi et vendredi, je l’ai donc échappé belle…

Je restais  au centre ville, l’hôtel où je restais était près de Colombo street, là où ç’est le plus touché. Déjà la semaine dernière alors que je me baladais au centre ville (près de la cathédrale), je constatais avec effarement les dégâts des tremblements de terre précédents. Bâtiments du début du siècle condamnés, bâtiments historiques en fait,  vu la jeunesse de la Nouvelle-Zélande. Je regrettais le fait que ce passé historique allait disparaitre, de ce peu d’histoire il ne reste qu’un  lambeau de mémoire marqué au rouge « building condemned do not enter ».

Les rues fermées à moitié à cause des travaux de réparation des conduites d’eau et égoûts déjà commencés. Les magasins non condamnés, qui visiblement souffraient du manque de passage piétonnier. magasins qui ne pouvaient même pas me rendre la monnaie sur l’article anodin que je leur avais acheté… seule cliente de la journée…La vie avait du mal à redémarrer. Quelques cafés, bistrots en face de Latimer Square, maintenant Centre d’urgence où les gens dorment sous des tentes , essayaient de redonner la vie à la ville. Deux musiciens jouaient pour procurer de la musique aux cafés qui étaient ouverts, et en faisant cela essayaient d’attirer les clients pour que la vie retourne à la normale. Il n’en n’était rien. L’équipe avec laquelle j’ai travaillé nous a envoyé un seul emél : This is hard. Keep in touch.

Nos collègues à Auckland qui retrouvent un membre de la famille qu’hier soir après une journée frénétique de recherche, les images de personnes sous les débris, une jeune mère tuée alors qu’un jeune Maori a vu la terrace d’un bâtiment s’écroulait sur elle avec  l’enfant qu’elle tenait dans les bras. La rapidité du geste du jeune homme, fait que l’enfant a été sauvé, pas la mère…la terrace était en béton.

Le chiffre inconnu des victimes, chiffre qui ne cesse de grimper. Nous attendons le résultat des courses en quelque sortes : les gens partis faire des achats et qui ne rentrent pas chez eux…

Les enfants qui avaient besoin d’être hospitalisés ont été évacués sur Auckland. L’absence d’eau nous a obligé à évacuer les malades en insuffisance rénale, une trentaine sont évacués en ce moment.

Que dire de l’homme secouru sous des décombres et un journaliste qui lui demande peu de temps après « How do you feel ?  » et sa réponse : alive. Un autre secouru aidé par la pensée à sa femme enceinte de leur 4ème enfant. Il nous apprend « live life to the full, don’t worry about money and other stuff in life ». Ce désastre nous apprend que la vie ne tient vraiment qu’à une voiture où nous sommes rentrés trop tôt, un achat fait pour un/e ami/e, un déjeuner avec des collègues pendant la pause repas, un téléphone qu’on est allé rechercher après avoir annoncé qu’on était sain et sauf.

Comment vous décrire les cris de joies lorsqu’un Tristan retrouve son Iseult ?. Que d’efforts déployés pour un seul sauvetage, une vie…en attendant  la peur s’installe, insidieuse mais omniprésente, elle est devenue palpable. Le temps qui passe devient comme la sylphide et transforme ce qui est un espoir de vie en certitude de mort.

A risque d’être cliché, je ne sais pas vous décrire la douleur et le désarroi dans lequel nous sommes. Même pour ceux qui, comme nous les « Jafas » [just another fucking Auclander] n’avons pas eu l’expérience de ce drame. Notre détresse est vécue par le fait que nous voulons faire qqch mais nous ne pouvons rien faire, au risque de gêner les secours sur place.

La tristesse nous poigne, le désarroi accentue notre détresse, nous avons les poings liés par notre incapacité d’agir sur place. Nous continuons. Nous faisons le mieux que nous pouvons.

Après tout, n’est-ce pas Camus qui a écrit « l’essentiel dans la vie est de bien faire son métier »…

Hare Mai

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