Adieu CulturesFrance, bonjour l’ « Institut français » !

Annoncé à l’été 2010 au moment de l’adoption de la loi relative à l’action extérieure de l’Etat, l’Institut français a vu le jour le 1er janvier dernier. Présidé par Xavier Darcos, il remplace CulturesFrance qui avait été créée en mai 2006. Quelles sont les implications de cette nouvelle réorganisation de l’action culturelle française à l’étranger ?

Il ne s’agit pas d’un simple changement de nom, mais d’une réforme importante du réseau culturel français à l’étranger. A la différence de CulturesFrance, association loi 1901, l’Institut français est un établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle du ministre des affaires étrangères et européennes (MAEE).

L’Institut français reprend les missions de CulturesFrance de promotion des artistes français à l’étranger, de soutien à la création contemporaine, de diffusion des œuvres. A cela s’ajoutent de nouveaux champs d’action transférés de la direction de la politique culturelle et du français du MAEE. Dans ce cadre, la place de la langue française dans le monde et de la France dans les débats d’idées à l’étranger redeviendraient des enjeux prioritaires.

Pour faire face à ces missions élargies, l’Institut français devrait coordonner à terme (aux alentours de 2014) les 143 établissements culturels français à l’étranger et les 154 services culturels des Ambassades.

Des crédits budgétaires supplémentaires de l’ordre de 100 millions d’euros (2009-2013) ont été obtenus par le MAEE pour accompagner la création de cette nouvelle agence. Le budget de l’Institut français s’élèverait à 43 millions d’euros, soit 20 millions de plus que CulturesFrance. Le nombre d’agents passerait de 95 à 200 d’ici deux ans, le tout par transfert des agents et des crédits du MAEE dans le cadre d’une baisse générale des crédits d’action culturelle et de la suppression de nombreux postes de contractuels et de recrutés locaux.

Cette unification de la galaxie des établissements culturels français à l’étranger s’imposait pour gagner en lisibilité. Mais la centralisation des moyens humains et financiers à Paris ne compensera pas la diminution programmée des moyens sur le terrain. Quelles compétences conserveront les Ambassadeurs ? La promotion de la culture française ne sera-t-elle pas privilégiée dans des territoires où la France a un intérêt stratégique au détriment d’autres, jugés moins « intéressants »? Quelle sera l’articulation de travail avec la Fondation Alliance française ? Les choix de programmation culturelle seront-ils guidés par un souci de démocratisation de l’accès à la Culture pour tous ? Quelle sera la valeur ajoutée en termes de levée de fonds de mécénat de ce nouvel Institut français ?

L’Institut français sera jugé sur les orientations qu’il mettra en œuvre. Les interrogations d’aujourd’hui trouveront peut être bientôt des réponses tangibles en forme d’amélioration de la visibilité, de l’influence, et du rayonnement culturel français. Souhaitons donc que cette mise en place soit fructueuse et que ce ne soit pas une nouvelle désillusion qui attende le réseau culturel français si éprouvé ces dernières années par des coupes sombres budgétaires et toujours en quête de sens et de renouveau de ses moyens d’action.

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