Quand l’UMP redéfinit la diplomatie d’influence à la mode communicante

La stratégie d’influence française fait visiblement l’objet de toutes les attentions de l’UMP, avec la remise récente d’un rapport à Nicolas Sarkozy sur «l’influence de la France» à l’international. Sous la plume de Franck Melloul, chargé de mission au sein du parti présidentiel, la doctrine diplomatique française devient une pâle copie de la doctrine de «Soft Power» américain.
Cette « guerre des cœurs et des esprits » que les néoconservateurs, sous les mandats de George W. Bush, ont utilisé comme fondement stratégique à leur action internationale, utilisant le « Soft Power » à l’étranger pour agir auprès des populations en Irak et en Afghanistan, afin de « vendre » la propagation du modèle américain de démocratie libérale, de « promouvoir les valeurs positives » portées par la république américaine, comme couverture ou justification aux interventions armées inspirées en réalité par un impérialisme guerrier et prédateur.
Selon certains analystes, le « Soft Power » américain aurait pu également être à l’œuvre pendant les « révolutions de couleur » en Géorgie ou en Ukraine, où des « fondations démocrates » comme celles de Georges Soros, ont pu financer et soutenir des actions destinées à renverser les pouvoirs en place sous couvert de propagation des vertus de la démocratie US. Ces fondations sont d’ailleurs encore à l’état de veille dans nombre de pays de l’Europe centrale et orientale.
D’après le journal Libération, Franck Melloul fait aujourd’hui « le constat que le discours de Grenoble et l’affaire des Roms ont contribué à « brouiller l’image » de la France, « jadis citée en exemple sur la scène internationale », et il propose des mesures pour restaurer le « prestige » du pays. Au sein du parti villepiniste, il milite contre la rupture avec le Président ».
On voit qu’il se dégage de ces quelques lignes de rapport une fascination pour un modèle diplomatique pensé uniquement comme une opération de communication autour de ce que les américains appellent le « National Brand », la « promotion de la marque nationale », une opération marketing à l’international destinée à vendre l’image du produit « France » et à le valoriser alors que l’affaire des Roms a écorné largement notre influence internationale et jeté le discrédit au niveau européen sur notre pays.
La diplomatie culturelle du « Soft Power » ne devrait pourtant pas se limiter à de la « cosmétique médiatique internationale », mais pour le meilleur devrait continuer à incarner la promotion de valeurs d’ouvertures aux autres, de tolérance, de défense des cultures minoritaires, pour rapprocher les hommes et les peuples.
Si la diplomatie culturelle française reste aussi, et il faut rester réaliste ici, un moyen d’influence auprès des élites internationales, par le biais de la promotion de la langue française, des cultures françaises et francophones, et par la valorisation de ce que Dominique Wolton appelle « la francosphère », gageons qu’une gauche revenue aux affaires serait également capable d’utiliser la diplomatie culturelle comme un levier d’action d’une plus grande démocratisation de l’accès aux cultures du Monde et à la diffusion des cultures minoritaires : ce serait le moyen de restaurer la défense de toutes les exceptions culturelles et de la diversité des cultures mondiales comme vocation internationale des diplomaties française et peut-être européenne.
Dans les années 80, Joseph Nye, universitaire américain à l’origine du concept de « Soft Power » posait la diplomatie culturelle française, construite autour d’un réseau extérieur d’instituts et d’Alliances françaises vieux de presque un siècle, comme un modèle à suivre.
Après l’alternance de 2012, il sera grand temps de replacer la diplomatie culturelle française au cœur de sa vocation historique de défense des valeurs d’ouverture aux autres et de tolérance, pour contrer ceux qui voudraient en faire une énième méthode de communication vide de sens ou un nouvel opium destiné à endormir des peuples qui souffrent.
Il est évident que notre diplomatie internationale devra être à la hauteur de cette « singularité française » culturelle, pour éviter tous les faux semblants diplomatiques.

Le Bureau national de Français du Monde-ADFE / Culture

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